Nickel : des données floues et des intentions nébuleuses

Vue aérienne sur le port de QuébecPhoto : Philippe Moussette

La résistance s’organise face à l’intention du gouvernement provincial d’augmenter de cinq fois la norme permise d’émanations de nickel dans l’air. Mais un manque de transparence et la difficulté d’interpréter les données qui sont disponibles rendent la mobilisation plus difficile, déplorent des élus et un expert.

Par Gabriel Côté

Pour le député solidaire de Jean-Lesage, Sol Zanetti, le gouvernement de la CAQ essaie de tirer avantage de ces difficultés. « Le fait d’annoncer cette intention juste avant Noël est manifestement une stratégie dilatoire. Après la publication du projet dans la Gazette officielle, les citoyens ont 60 jours pour s’organiser et pour dénicher des informations extrêmement difficiles à trouver. C’est une démarche ratoureuse, qui manque cruellement de transparence », soutient le député.

La conseillère municipale de Limoilou, Jackie Smith, est du même avis. « Le gouvernement s’arrange pour décourager les gens de participer à la mobilisation. Mais ça ne marchera pas. Avec l’annulation de Noël à cause des restrictions sanitaires, les gens auront plus de temps pour travailler sur leurs mémoires », explique-t-elle.

Des données inexactes et insuffisantes

L’opacité qui résulte des façons de faire du gouvernement n’est pas le seul obstacle que doivent surmonter les opposants à l’augmentation de la norme d’émanations de nickel. Le fait est qu’il est extrêmement difficile d’établir hors de tout doute les effets du nickel sur la santé.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les impacts du nickel sur la santé seraient surtout liés à des expositions à long terme. « C’est très difficile à mesurer », convient Sol Zanetti.

On sait par exemple que les citoyens en basse-ville de Québec sont plus exposés aux émanations de nickel qu’ailleurs sur le territoire. On sait aussi que les problèmes respiratoires y sont plus fréquents et que l’espérance de vie y est moins élevée de quelques années. Mais plusieurs facteurs entrent en ligne de compte si l’on veut expliquer ces phénomènes, car la consommation de tabac et d’autres conditions socio-économiques pèsent dans la balance. « Il est difficile, d’une part, d’isoler les effets de la qualité de l’air parmi tous les facteurs, et il est difficile d’isoler les effets du nickel parmi ceux qu’a la qualité de l’air en général. Cette difficulté méthodologique donne le beau jeu aux industries », déplore le député de Jean-Lesage.

Ce constat est partagé par le chimiste et résident de Limoilou, Patrick Ferland, qui s’est penché attentivement sur les émissions en provenance de l’incinérateur. Il considère qu’on est à peu près aveugle quand vient le temps de juger de la qualité de l’air à Limoilou « Ça ne concerne pas directement le nickel, mais l’enjeu est similaire. La vérité, c’est qu’on ne connait pas la qualité de l’air à Limoilou, en raison de biais méthodologiques dans les études qui ont été faites », explique le chimiste.

« On tire des conclusions sans avoir fait des études rigoureuses. À Limoilou, on respire des émanations qui proviennent de la papetière, du port, de l’incinérateur, des autoroutes, et il est difficile déjà de faire le tri sur la source des différentes substances qu’on trouve dans l’air », ajoute-t-il.

Enfin, M. Ferland remarque qu’on dispose actuellement des données d’une seule station d’échantillonnage de la qualité de l’air dans le secteur. « Elle est située sur la rue des Sables, ce qui fait qu’elle ne capte pas les effluves de l’incinérateur en raison de sa position géographique. Puis, les données pour l’ensemble du secteur sont modélisées à partir de ce que récolte la station des Sables. Or, des modélisations, ce n’est pas exact. On se trouve donc aux prises avec des données très restreintes et douteuses », fait valoir le scientifique.

La Ville

Face à toute cette incertitude, la position de l’administration municipale apparaît dès lors comme assez raisonnable, selon Marie-Josée Asselin, responsable de l’environnement sur le comité exécutif à la Ville de Québec. « On comprend les inquiétudes des citoyens, et on a été proactif dans le dossier. Mais il faut nous laisser du temps. Plusieurs rapports d’experts, qui totalisent environ 500 pages, viennent d’être rendu publics. On a pris contact avec les experts de la Ville, et ils sont en train de prendre connaissance de tout ça. Avant de prendre position, nous attendons leur avis, car c’est important pour nous d’avoir un avis scientifique », maintient Mme Asselin.

La conseillère municipale de Loretteville – Les Châtels ajoute qu’une augmentation de la norme n’équivaut pas à un objectif à atteindre. « Je ne crois pas qu’il s’agisse d’augmenter les objectifs d’émissions de nickels dans l’air. L’objectif demeure une diminution et une amélioration de la qualité de l’air », soutient-elle.

Santé publique

Si l’avis de la « Science » avec un grand « S » se fait toujours attendre, la santé publique à quant à elle déjà statué que le risque pour la santé passerait avec l’ajustement de cette norme de « négligeable » à « acceptable ». Au conseil de ville, le maire de Québec, Bruno Marchand, a dit explicitement qu’il voulait comprendre pourquoi la santé publique juge « acceptable » cette nouvelle norme avant de prendre position.

Mais ces explications ne doivent pas avoir lieu derrière des portes closes, croit le député de Jean-Lesage, Sol Zanetti. « Les citoyens veulent savoir ce que ça veut dire, un risque ‘’acceptable’’. Et même si le risque est acceptable, il importe de souligner qu’il est question ici d’une norme nationale. Dans un lieu abstrait, en campagne, une telle dose de nickel peut en effet être acceptable dans l’air ambiant. Mais l’est-elle aussi dans un milieu saturé, comme Limoilou. Se peut-il que dans le contexte particulier de Limoilou, une norme acceptable entraine une situation inacceptable ? », se demande le député solidaire.

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