Faire plus avec le parc Cartier-Brébeuf

croixSouvenir de la croix de Jacques Cartier, 5 janvier 2007. Quatorze ans plus tard, cette perspective en direction sud-est est désormais masquée par les arbres, résultat de la renaturalisation du premier segment des berges de la Saint-Charles, en 1996. Crédit photo: Jean Cazes

Pour la majorité des gens, le parc Cartier-Brébeuf est un beau lieu de passage. On le traverse en vélo, à pied, en quadriporteur. On s’y arrête parfois le temps d’un pique-nique ou d’une partie de Spike-ball. Les espaces gazonnés y sont accueillants et l’aménagement paysager amène de la fraicheur en plus d’être propice à la relaxation. Pourtant, c’est la commémoration qui est l’une des missions principales du site, sa vocation principale au moment de sa création et depuis plusieurs décennies.

Collaboration spéciale, Karim Chahine

J’habite Limoilou depuis un peu plus de trois ans et je suis un utilisateur régulier du parc Cartier-Brébeuf. En fait, j’y passe régulièrement lors de mes marches hebdomadaires. J’ai toujours pensé que le site avait plus à offrir et que son potentiel historique n’est pas pleinement exploité au bénéfice des citoyens et citoyennes.

Repenser la vocation de commémoration

Si cet été j’ai eu droit à une distribution de tube de yogourt glacé par une employée de Parcs Canada (belle initiative soit dit en passant), je me suis tout de suite demandé en quoi cela cadrait avec la mission d’un lieu historique national. Soit, on me répondra que cela participe de sa mission de rendre le lieu invitant pour les usagers ou les jeunes familles. L’un n’empêche pas l’autre, mais c’est comme si l’on distribuait des Mr. Freeze le long d’une piste cyclable : c’est rafraichissant, mais ça n’ajoute rien au réseau de pistes cyclables.

Dans le plan directeur du lieu historique national du Canada Cartier-Brébeuf publié en 2007, on souligne que le potentiel archéologique est indéniable et qu’il n’attend qu’à être mis au jour. Si les archéologues n’ont jusqu’à maintenant rien trouvé, il semblerait que ce soit davantage dû à leur malchance qu’à l’intérêt archéologique du site. Pourtant, aucune fouille sérieuse n’a été menée depuis plusieurs années.

Dans ce même rapport, on constate que « la vocation de commémoration, mission principale du lieu, accuse présentement d’importances faiblesses et lacunes ». En 2021, il serait difficile de conclure que la situation a véritablement changé. À ce sujet, le retrait définitif de l’emblématique croix de Jacques Cartier n’a rien de rassurant. 

La partie la plus intéressante de ce plan directeur est sans contredit celle portant sur l’avenir du site vers 2020. On y annonçait alors que « le lieu historique national Cartier-Brébeuf sera reconnu comme un élément incontournable du circuit touristique de Québec », pourtant, le parc ne fait aujourd’hui partie d’aucun des itinéraires suggérés par Parcs Canada. 

Les compressions budgétaires des conservateurs

Pour vraiment comprendre pourquoi le site n’est pas utilisé et mis en valeur à son plein potentiel, il faut revenir en 2012. Parcs Canada avait été la cible des compressions drastiques du gouvernement conservateur de Stephen Harper. À l’époque des historiens reconnus comme Jacques Lacoursière et 11 sociétés d’histoire de Québec avaient dénoncé les compressions au Centre de services de Québec de Parcs Canada. 

Ces compressions ont eu des impacts tangibles sur le parc Cartier-Brébeuf, notamment en obligeant le centre d’interprétation de fermer du mois de septembre au mois de juin. Aussi, depuis quelques années, les groupes organisés, les terrains de jeux et les aînés ne bénéficient plus de programmes éducatifs adaptés et déclinés selon plusieurs thématiques mettant en valeur différentes facettes de la vocation commémorative de ce lieu historique national.

Réinvestir dans le parc Cartier-Brébeuf

On peut heureusement compter sur une équipe de guides dédiés au site Cartier-Brébeuf depuis 2016. Parcs Canada souhaite aussi tisser des liens plus étroits avec la Nation huronne-wendat afin de mettre en valeur le rôle des Premières Nations dans l’histoire du site. De plus, depuis quelques années, les heures d’ouverture ont été étendues. Le pavillon d’accueil est ouvert de 10h à 17h plutôt que de 12h à 16h.

Soulignons que la population limouloise s’était mobilisée lors des consultations publiques de juin 2018 en amont de la rédaction de l’Énoncé de gestion 2018. Les commentaires rendus publics laissent penser que la vocation commémorative du parc doit effectivement être remise de l’avant.

Si les budgets de Parcs Canada ont beaucoup augmenté sous le gouvernement de Justin Trudeau, on peut cependant se questionner sur la part du budget que le parc Cartier-Brébeuf obtient par rapport à d’autres parcs d’envergure à Québec comme le site des Forts-et-Châteaux-Saint-Louis, sans doute plus propice à attirer les touristes en grand nombre.

Espérons que les consultations et l’énoncé de gestion de 2018 mèneront à une amélioration continue de l’offre de service et une meilleure mise en valeur de la mission commémorative du parc Cartier-Brébeuf. Cependant, il faudra éventuellement compter sur de meilleurs budgets pour offrir aux citoyens et citoyennes un lieu historique national d’envergure, en commençant par un pavillon d’interprétation ouvert à l’année.

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