Les employés de la Coopérative des Deux Rives « au bout du rouleau »

Catherine Caron et Ann Gingras. Crédit photo : Sophie Williamson.

En conférence de presse, la Coopérative funéraire des Deux Rives annonçait l’enclenchement ce jeudi 5 août des premières journées d’un nouveau mandat de grève de 15 jours. Un cortège funèbre se déploiera demain devant le siège social de la coopérative sur la rue Godin à 10h30. 

La grève vise à interpeller le conseil d’administration afin de « mettre fin aux tactiques dilatoires de la part de la direction »

Des négociations au point mort

« L’employeur a tenté de faire une stratégie extrêmement maladroite qui a mené à un blocage au niveau de la négociation », affirme Catherine Caron, présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs de la Coopératives funéraire des Deux Rives (CSN). La grève a permis de repartir la négociation, mais toutes les demandes sont refusées par l’employeur, explique-t-elle.

« Avec cette attitude, il y a un non-respect des familles, parce qu’on doit annuler des funérailles et des rendez-vous », poursuit Madame Caron. C’est une situation que les syndiqués ont cherché à éviter, mais ils sont maintenant « à bout de patience » face à l’absence d’avancement. 

« Les employés n’auraient jamais pensé se syndiquer avant l’arrivée du nouveau directeur général, poursuit Ann Gingras, présidente du Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches (CSN), il y a donc véritablement un malaise. »

Malgré les 5 jours de grève, l’employeur était à la table de négociation avec « le sourire en coin » raconte Madame Gingras, ce qui a ajouté de l’huile sur le feu.

Le conseil d’administration en ce moment ne jouerait pas leur rôle selon Ann Gingras. « Ils doivent intervenir, rectifier les relations de travail et vérifier qu’on prend soin des travailleurs puisqu’ils sont la richesse d’une coopérative », affirme la présidente du Conseil central (CSN). 

La détresse quotidienne des employés 

« Les gens nous disent qu’ils sont rendus des vendeurs de signets et de fleurs, rapporte Ann Gingras, ils doivent refouler les émotions et moins se préoccuper des familles pour cocher leur liste de choses à vendre. » 

Depuis que le nouveau directeur général David Emond est en fonction, beaucoup de postes auraient été ajouté au niveau de la direction. « L’équipe de direction est toujours en réunion et il n’y a aucune proximité avec les travailleurs », raconte Catherine Caron. « Les employés se sentent comme de la marchandise », ajoute-t-elle.

La présidente du syndicat a d’ailleurs mené une enquête sur le terrain et raconte qu’elle constate chez les 105 salariés de l’entreprise une détresse de plus en plus marquée. « Dans la vingtaine de conseillers à la coopérative, il y a en a toujours un tiers ou un quart en épuisement, qui partent et qui reviennent de congés de maladies », affirme-t-elle. 

« Parmi ceux qui tiennent le phare, plusieurs pleurent à tous les jours avant et pendant le travail, certains collègues sont médicamentés ou doivent consommer de l’alcool pour arriver à se détendre », ajoute-t-elle.

« De façon générale, les troupes sont complètement surmenées et démotivées », résume-t-elle. 

« Les employés sont des gens qui font preuve de beaucoup d’empathie, ajoute Ann Gingras, ils trouvent qu’ils n’ont pas les outils nécessaires pour soutenir les familles, pour faire convenablement leur emploi. » 

« Ils sont non seulement préoccupés par leur détresse personnelle, mais aussi par celle des familles, explique-t-elle. « Ils considèrent qu’ils font leur travail à moitié depuis 3-4 ans », déplore la présidente. 

« Pour bien s’occuper des familles, il faut être bien avec soi-même », affirme finalement Catherine Caron.

Le problème de l’industrie funéraire au Québec

Cette situation ne surprend pas Marie-Pier Beauséjour, doctorante en socioanthropologie et santé publique à Université Concordia. « C’est un résultat du monopole de l’industrie funéraire », commente-t-elle. Dans les dernières décennies, puisque les entreprises funéraires sont devenues la seule offre au Québec, le lobby est devenu très puissant, explique-t-elle. 

« Les conseillers se trouvent souvent en conflit, ils veulent être là pour les familles et les supporter, mais ils ont de la pression pour vendre plus de services et de produits à des gens en situation de vulnérabilité », ajoute-t-elle. 

La pandémie a créé une situation de déséquilibre financier pour les compagnies qui possèdent beaucoup d’installations et qui ont vu leur revenu diminué drastiquement. C’est ce qui expliquerait les coupes budgétaires qui touchent principalement le personnel effectif et non la sphère administrative, selon la doctorante. 

« La crise vécue par la Coopérative des Deux Rives est symptomatique des dérives de l’industrie funéraire qui vise avant tout à faire du profit », conclut Marie-Pier Beauséjour. 

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