Le chat de ruelle et la colombe

David Lemelin

Ainsi, Régis Labeaume a un grand regret : c’est celui d’avoir négligé le vivre-ensemble. Il déplore sa propre lenteur à s’attaquer à la question. « Il aurait dû le comprendre bien avant », dit-il.

Oui, bon, un instant. J’essuie ma larme…

C’est vrai que c’est un sujet important, capital, et qu’il a été mis de côté et c’est fort dommage. Pourquoi avoir tant tardé? Si vous aviez, comme moi, écrit un livre sur ses premières années au pouvoir, et si on relisait les journaux jusqu’en 2017 ou à peu près, on y verrait quoi?

Que Labeaume a passé l’essentiel de ses premières années à brutaliser verbalement et intimider ses adversaires ou quiconque ne pensait pas comme lui. Si quelqu’un se mettait sur son chemin, il enfourchait son bulldozer afin de le pulvériser. 

C’est parce qu’il a perdu des années à insulter les gens et à jouer la politique du mépris qu’il n’a pas eu le temps de s’arrêter, d’écouter et de se rapprocher, entre autres, des communautés culturelles de Québec. 

Oh, certes, il a, à l’occasion, invité les immigrants à venir combler les besoins de main-d’œuvre, à nous servir « d’immigrants économiques ». Puis, après quelques années, il a enfin vu la lumière…

Il a, notamment, été d’une exemplaire sensibilité lors de la tragédie de la Grande mosquée. Il a, en effet, dans les dernières années, fait des pas importants pour nous rapprocher, collectivement, du vivre-ensemble. 

Aujourd’hui, il le sait : c’est trop peu trop tard.

Le vivre-ensemble, ça commence dans votre cour, dans votre bureau, dans votre conseil. Accepter la différence, vivre en paix avec les autres, avec la divergence d’opinions, en harmonie avec les humains qui vous entourent, ça se pratique au quotidien et pas seulement lorsqu’un journaliste est là pour cueillir vos états d’âme. 

Pendant plusieurs années, cette harmonie, il n’en a pas voulu. Il avait besoin de querelles, il carburait littéralement à l’injure. Comment alors espérer qu’il puisse générer un vivre-ensemble crédible? Problème de casting, comme on dit au cinéma.

Ce n’était pas possible. C’est peut-être pour ça qu’il n’a pas perdu son temps à essayer convenablement. On aurait eu l’impression d’assister à une supercherie.

Car, comme la grenouille qui voulait être un bœuf, un chat de ruelle, ça ne peut pas jouer à la colombe. On sait ce que le chat de ruelle fait à la colombe, lorsqu’il met les griffes dessus.

Labeaume a mené le type de politique qui lui a permis de prendre et, surtout, conserver le pouvoir. C’est ce qui l’a rendu populaire, c’est devenu une marque de commerce. La formule était rentable.

Mais, en politique, lors que le bilan final arrive, on se donne un peu de perspective. Et soudain, la vue d’ensemble laisse paraitre les zones d’ombre dans le tableau. La lucidité finit par s’imposer.

On dit qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Oui, mais non. Il est trop tard, dans son cas.

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