Une phrase qui en dit long

David Lemelin

Ces petites phrases qui en disent long…

Parfois, ça vient, comme ça, en conférence de presse, caché sous un prétexte de respect de l’éthique. Mais, en réalité, c’est le contraire du résultat souhaité qui est obtenu. 

Jean-François Gosselin est l’énigmatique chef de Québec 21, celui qui semble, à chaque fois qu’il ouvre la bouche, se demander quel sera le prochain mot qui sortira. Le regard incertain, la voix hésitante, il tente de lancer des pavés dans la mare du maire, pour faire avancer sa cause, celle du béton, des chars et de ses amis de la radio.

Souvenez-vous, c’est l’homme qui était pour les arbres, mais « pas au détriment des stationnements ». C’est une autre de ces petites phrases qui en disent long. On comprend que s’il y avait dilemme entre l’arbre et l’asphalte, ça ne prendrait pas beaucoup de pression pour qu’il choisisse le camp du bitume. 

Cette fois, c’est celle-ci, qui s’attaque aux organismes qui oeuvrent pour la protection de l’environnement et le transport collectif : « Je sais pertinemment que ces gens-là reçoivent des sommes d’argent de la ville pour toute sorte de choses et ils frappent sur le projet du gouvernement […] Ils font la promotion d’un projet sur un comité pour lequel ils sont rémunérés, et d’un autre côté, ils essaient de détruire un projet [de tunnel] et le maire s’en va les remercier ».

C’est sublime. 

Tout est là.

Pour Gosselin, un organisme qui fait des recommandations appuyées sur son expertise doit baiser la main du maire dès qu’il reçoit un chèque. Ainsi, pour lui, ce n’est pas le savoir et les compétences de ces organismes qui comptent, mais leur appui inconditionnel. Donc, dans la démocratie de Gosselin, un avis d’expert se moule au pouvoir, quoi qu’il s’agisse. Il n’y a pas d’indépendance.

C’est pas une démocratie, ça. C’est un régime autoritaire qui se dessine.

Ainsi, cette petite phrase témoigne non seulement d’une inquiétante vision de la démocratie, mais aussi d’une incapacité à comprendre à quoi servent la science et les experts. Ils sont là pour conseiller, dire ce qu’ils pensent, en laissant ensuite le pouvoir agir selon sa conscience. C’est ça, la « game ».

Ça veut aussi dire que Gosselin ne comprend même pas la mission de ceux qu’il critique : ils favorisent l’environnement. Si la conclusion que l’on tire du troisième lien est qu’il nuit à l’environnement, ils seraient bien idiots de l’appuyer. Adieu crédibilité, en pareille occasion. De plus, il semble ignorer que ces organismes reçoivent des chèques liés à des livrables précis, pas pour agir comme « cheerleader ». 

La conscience et l’éthique, ça ne s’achète pas. Quand on est respectable, en tout cas. Mais, dans la démocratie de Gosselin, l’argent achète tout. Y compris le jugement.

Ainsi, il souhaitait, par son commentaire, attaquer l’éthique du maire. Mais, c’est sa vision du monde qui apparait plutôt au grand jour.

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