Les oubliés du ghetto

Quoi qu'on dise par Martin Claveau

 Ma blonde aime bien Limoilou, mais elle me répète souvent à quel point elle est tannée de l’odeur qu’elle endure quand elle sort.  Nous vivons dans le sud-est de Limoilou, là où ça pue pratiquement tout le temps. Récemment, à la blague, le père d’une amie d’école de ma fille a qualifié de « ghetto » notre secteur, quand je lui ai expliqué où nous vivions. Si le centre du Vieux-Limoilou ressemble au plateau Mont-Royal, notre coin, lui, ressemblerait plus à un genre de Verdun avec des odeurs nauséabondes en extra.  

Mais, trêve de « Limoilismes », toujours est-il ma charmante épouse, avec laquelle je ne suis pas marié, se tape maintenant des aromathérapies aux huiles essentielles de sapin pour se soulager l’odorat. Elle combat ainsi l’odeur envahissante de la pâte d’épinette que l’usine de White Birch produit à 1km de chez nous et qui ressemble à celle du vomi d’un bon lendemain de veille.

Ma blonde a grandi sur le bord du fleuve en Gaspésie. Elle dit souvent qu’elle s’ennuie du fleuve et de sa mère, bien sûr. Elle ne rêve pas, pour autant, de retourner en Gaspésie, mais plutôt juste d’habiter plus haut dans Limoilou. « Là où ça ne pue pas », soupire-t-elle. La pauvre n’en peut plus de cette maudite odeur qui nous empeste environ 200 jours par année. Cette odeur de renvoyât joue sur son moral d’avantage que la pandémie, ce qui n’est pas peut dire. À certaines périodes de l’année, comme en automne, en hiver, en mars, en avril, en mai et en juin, lorsque les vents du nord-est soufflent, l’odeur s’accompagne souvent en bonus, d’une espèce de fumée déplaisante, qui empoisonne l’existence des gens qui peuplent le « ghetto », entre la 1re à la 4e Rue.

On parle souvent de la pollution causée par le port et l’incinérateur, mais on dirait presque qu’on en oublie la papetière. C’est à croire qu’il n’y a rien à faire et la plupart de nos voisins sont résignés. J’ai souvent l’impression que cette puanteur ne fait pas partie des priorités de la ville, mais elle est là quand même et ça devrait en être une.  

Qui sait, le salut viendra-t-il peut être de nouveaux résidents? En biais, derrière chez nous, sur la rue Hedleyville, on construit présentement de belles maisons de ville neuve à 400 000$. Ma blonde ironise qu’elle a hâte de voir la face que ces nouveaux voisins feront, quand ils s’assoiront sur leur terrasse neuve pour prendre un espresso bien tassé et que ça va sentir le vomi.  

Publicité

Commentez sur "Les oubliés du ghetto"

Laissez un commentaire

Votre courriel ne sera pas publié.


*


Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.