Un phare dans la nuit

Quoi qu'on dise par Martin ClaveauAura-t-on encore un Grand Marché à Québec après les fêtes? Voilà la grande question que plusieurs, comme Martin Claveau, se posent. (Photo : archives Carrefour de Québec)

Une nouvelle de notre journaliste Julie Rhéaume a enflammé la toile récemment. Il était question du déménagement à venir du légendaire casse-croûte Pierrot de la 10e Rue à Limoilou. Le restaurant déménagera prochainement dans l’ancien local qu’occupait l’entreprise 2nd Skin Promotion, sur la 1re Avenue.

Outre le fait que pas beaucoup de médias n’ont rendu crédit à Julie pour sa nouvelle, même s’ils l’ont pratiquement tous reprise, je m’attarderai ici à l’aspect sociétal du phénomène.

 Connu d’à peu près tout le monde en ville, voir même au-delà, le casse-croûte Pierrot fut longtemps un véritable phare dans la nuit pour des générations de fêtards éméchés, après des soirées bien arrosées. Bien sûr, il n’y avait pas que des gens sur le «party» qui fréquentaient l’établissement. Des familles, des travailleurs et des personnes âgées s’y retrouvaient aussi. Bien que mes visites y étaient jadis plus fréquentes, je me pointais encore une couple de fois par année. J’aime les dimensions modestes et l’aspect chaleureux de l’endroit dont les murs vintages semblent parler. Au fil de mes escales, j’ai souvent croisé toute sorte d’énergumènes. Aux petites heures du matin, c’était souvent spectaculaire…  

Ceci dit, les temps changent et, pandémie oblige, le commerce est dorénavant fermé la nuit. Il n’est donc plus possible d’y manger une bonne poutine, après la fermeture des bars, comme nous le faisions jadis. De toute façon, les bars sont maintenant tous fermés, alors j’imagine que servir des poutines et des pizzas à 4h du matin faisait moins de sens.  

Pierrot déménagera donc dans une bâtisse, plus grande et bien située, sur la 1re Avenue. J’imagine que pour les propriétaires, ce sera un progrès. Pour un nostalgique comme moi par contre, c’est un symbole qui s’envole. La nouvelle salle à manger n’aura certainement pas le même cachet. Le nouveau «spot» offrira plus de places assises et sera plus en vue. Tout ça augmentera sans doute l’achalandage. Mais moi, je suis triste parce que mon Vieux-Limoilou adoré perdra son phare dans la nuit.

Bon, ok, je dramatise un peu puisqu’il sera toujours possible de manger la poutine et la pizza de Pierrot un peu plus haut que la 18e Rue. Personnellement, j’aurais préféré que Pierrot déménage dans le vieux local abandonné du Stratos sur la 3e Avenue. Ça aurait été d’adon comme on dit.

Il me faudra donc marcher plus longtemps pour savourer ma poutine à 4 h du matin, si ça se présente et que Pierrot décide de reprendre son horaire de nuit. J’espère de tout cœur que le pari du déménagement sera payant pour les propriétaires Jean Grondin et Ghislain Boulet.  

Mais, tant qu’à «feeler» nostalgique, ça me désole de penser que ma fille de huit ans ne connaîtra probablement pas cette belle tradition de manger une poutine à 3h du matin, en revenant de veiller avec ses ami(e)s. Au train où ça va, il n’y aura plus de bars en 2030.

La poutine nocturne sera donc une victime collatérale de la pandémie. Pierrot continuera d’en servir, mais il ne sera plus où il est et fermera plus tôt.

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