Une main et une situation tendues

David Lemelin

Huit personnes étaient déléguées pour défendre le projet Laurentia qui doit donner un nouveau souffle au Port de Québec, lui qui connait déjà des années records du côté des croisières. Huit personnes face au comité de citoyens du Vieux-Limoilou et plus d’une quarantaine de gens de Québec, attentifs.

Ils ont fait face, honorablement, aux citoyens qui, visiblement, avaient envie de leur dire « non, merci ».

En écoutant les gens de Laurentia, on a cependant l’impression d’entendre le développement économique parler, tel qu’il se parle depuis toujours : on a une opportunité d’affaires, c’est de la croissance, mais « verte ».  Ce sera un « plus » pour l’environnement avec les conteneurs et l’électrification des transports et la chaîne hi-Tech qui ont été prévus…

C’est vrai qu’ils font des efforts pour améliorer, tendre vers l’acceptabilité sociale. Ils sont sérieux et travaillent fort, c’est indéniable. Mais, la phrase qui résume le mieux l’exercice : « ça aurait dû être fait bien avant, avec les citoyens et non pas malgré les citoyens ». 

Tout est là.

Cette impression que le train avancera quand même, quoi qu’on dise. 

Or, plusieurs craintes ont été soulevées par les citoyens : la pollution de l’air, le transport de matières dangereuses, le bruit, la poussière… et il y a des solutions prêtes pour plusieurs de ces préoccupations. 

Mais, tout le long, on a l’impression d’un décalage. Pourquoi n’en sommes-nous pas aujourd’hui à la réappropriation des secteurs industriels dont l’activité ne cadre pas avec la vision à long terme?

Plus de train, mais pas tant. Plus de pollution, mais pas trop. Plus de camions, mais à peine. On n’est toujours dans le plus, jamais dans le moins

Alors, restons dans le plus! Pourquoi pas : plus de qualité de vie? Plus de quiétude? Plus de sécurité? Plus de santé? 

Pour faire plus d’argent?

Il y a toujours eu un dilemme entre économie et environnement. Les deux peuvent souvent marcher main dans la main, parfois ils s’opposent, quelquefois l’environnement l’emporte. 

Toutes les solutions atténuent les problèmes, mais sont des obstacles à une vision plus soucieuse des citoyens, de l’environnement, de la qualité de vie. Est-ce qu’on n’est pas rendu-là, en 2021?

Chez Laurentia, on se veut rassurant : il n’y a pas d’autre phase de croissance prévue. Le terrain ne le permet pas.

L’ennui, c’est que le Port s’est montré délinquant, notamment en niant son rôle dans la poussière rouge. Et le CN regarde passivement le pont de Québec se dégrader, les bras croisés. Comment s’y fier?

Il n’y a pas de croissance à l’horizon, alors que le grand patron est Hutchison Port, un voyou fiscal et qu’on reluque déjà les réserves foncières disponibles sur la Rive-Sud?

Les citoyens n’ont pas d’emprises ni sur le Port ni sur le CN et ne pèsent pas lourd pour le Fédéral. 

Ce qui serait une vision souhaitable : la Ville (donc les citoyens) propriétaire du Port pour un projet où l’on se réapproprie les lieux. En dehors de cela, toute main tendue n’est en fait qu’une manière d’accélérer le pas vers la catastrophe…

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