Un autre mandat ou pas?

David Lemelin

Régis Labeaume est en poste depuis 2007. C’est long. Une longévité étonnante pour un politicien qui possède un caractère bouillant qui tend à diviser et à choquer. En principe, le maire de Québec doit pouvoir unir les forces, surtout depuis les fusions municipales, pour réduire les tensions et créer, idéalement, un sentiment global d’appartenance.

Mais, Labeaume a résisté. Au départ, profitant d’un large soutien de certains médias et jouant ouvertement avec l’affection des gens pour les Nordiques, il a écrasé toute résistance pour s’offrir des mandats confortables. Cette domination s’expliquait aussi par la faiblesse des adversaires : presque rien en 2009, une tentative honorable en 2013 (où l’amphithéâtre a joué un grand rôle), puis une opposition divisée en 2017. Rien pour ébranler sérieusement sa gouverne.

Aujourd’hui, c’est un peu différent. Non pas que l’opposition soit plus forte : au contraire, elle est morcelée et parvient à peine à attirer l’attention. C’est plutôt les enjeux qui pèsent dans la balance. Et à cet égard, Labeaume prend des risques qui esquintent son apparente invincibilité.

Il a misé sur le réseau structurant, un projet colossal et essentiel pour Québec. Il s’est, du coup, fait beaucoup d’ennemis chez ses anciens amis. En revanche, plusieurs jeunes électeurs semblent se tourner vers lui, en raison, justement, de cette volonté de réaliser le réseau structurant.

Cette même envie de voir grand se constate avec son appui enthousiaste au projet Laurentia. Mais, ce choix se révèle étonnamment plus coûteux politiquement pour lui qu’on aurait pu le penser. Les élus locaux sont contre, les résidents du secteur aussi. Reste un sondage global qui semble appuyer le projet. Mais, on peut douter que cette posture résiste à une campagne électorale et les combats de boxe qu’elle exige.

On pourrait souhaiter qu’il change son fusil d’épaule, j’en serais étonné. Trop de proximité entre lui et l’organisation du Port de Québec. Il ne les lâchera pas. 

Reste donc à savoir si le réseau structurant lui fournira les appuis nécessaires pour rester au pouvoir. À la vue des sondages, il semble que oui. Labeaume serait encore facilement réélu. 

Mais, le fera-t-il? 

À l’heure où j’écris ces lignes, je suis d’avis qu’il restera, pour être certain que le réseau structurant soit mis sur les rails. C’est un gros risque de partir pour laisser cet incomparable chantier entre les mains d’un moins convaincu ou d’un novice. L’appui du gouvernement est tiède, aussi le maire sait sans doute que son départ facilitera le travail des opposants. 

Doit-il rester? Ce n’est pas un rassembleur ni un communicateur pour convaincre ceux qui ne sont pas acquis. Il excelle à parler à ceux qui l’aiment déjà. Mais, il sait comment fonctionne la « business ». Et il sait que partir, c’est risquer beaucoup.

Aussi, à moins que son médecin lui dise non, je pense qu’il sera là. Et qu’il sera réélu, à moins d’une surprise de campagne. L’opposition peut rêver, mais l’enjeu n’est pas dans les banquettes d’en face à l’hôtel de ville. 

Il est au Parlement.

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