Sabrina Sirois
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Magneto Trio: Trois âmes planent

Rick Haworth, guitariste, Mario Légaré, bassiste, et Sylvain Clavette, percussionniste, ont magnifié le travail de bien des artistes de la scène musicale québécoise depuis quelques décennies. Daniel Bélanger, Lhasa, Luc de Larochellière, Pierre Flynn, Paul Piché, Jean Leloup, entre autres, ont bénéficié de leur immense talent. La tournée «Maudit bonheur» de Michel Rivard les réunissait et a scellé une complicité précieuse et des liens indestructibles entre ces musiciens. En 2004, ils lançaient un premier album regroupant leurs compositions nées d’expérimentations; les musiques étaient déjà intemporelles, atmosphériques, planantes avec des structures très libres. Le deuxième album naissait en 2015. Il est plus que temps que Magneto Trio quitte la confidentialité.

S.T. : Le premier album de Magneto Trio s’est élaboré dans la lenteur après la tournée «Maudit bonheur» de Michel Rivard.

Rick : Quand on terminait les tests de son, plutôt que d’aller au restaurant, on poursuivait nos explorations musicales. On demeurait sur scène ensemble tous les trois. À la fin de la tournée, on avait juste le goût de continuer. Sylvain, à cette époque, avait un super studio à Montréal. On s’y installait, guidés par le plaisir. C’était libérant. Notre deuxième album a dormi dans nos laptops pendant six ou sept ans. Johanne Amyot, notre actuelle gérante, qui était à l’époque directrice de tournée pour Daniel Boucher, nous a lancé : «Écoutez, les gars, déniaisez-vous! Let’s go!»

S.T. : Il semble exister une forme de télépathie entre vous.

Sylvain : En fait, c’est de l’expérience. Pour utiliser une analogie empruntée au hockey : on est capables de se faire des passes sur la palette sans se regarder. On ne se parle pas beaucoup quand on est en studio. On joue et c’est notre façon de se parler.

Mario : Il y a une chimie qui se passe entre nous trois qui est naturelle. À l’époque du premier disque, ce qui a été agréable c’est que Sylvain possédait un studio où l’on pouvait se rencontrer. On y passait des journées entières à jouer et on a accumulé des données musicales, des jams, des impros.

S.T. : Quand vous parliez du traitement sonore, vous parliez de maltraitance, de mutilation et d’épuration.

Mario : Rick triture habilement les sons.

S.T. : Pour un poète, voir jaillir une belle métaphore est infiniment gratifiant. Est-ce que trouver un riff de guitare est équivalent comme émotion?

Rick :  Je l’ai vécu dans ma vie d’accompagnateur, par exemple avec Paul Piché. En spectacle, c’est moi qui amorce l’intro «Un château de sable» avec un «lick» de guitare qui était présent sur l’album. Et le public devine immédiatement la chanson. Ça fait mille ans que je le joue ce «lick-là», il m’appartient et identifie bien la chanson. Je suis heureux et j’ai le sentiment d’avoir bien fait mon travail.

Mario : Rick et Sylvain pensent beaucoup ambiances. Sylvain va trouver des façons de jouer de la batterie percussive qui installent une ambiance, un rythme agréable. Un drum lyrique.

Sylvain : Je pense que la musique est une architecture. On amène tous des ambiances. Ça peut être trois notes de basse qui vont faire une ambiance sans présence de batterie.

S. T. : Il existe un projet récent en train d’éclore : «M. Chandler» unissant Magneto et Ian Kelly. Ian Kelly écoutait jadis vos improvisations alors qu’il travaillait au Spectrum. Il a été témoin de cette magie.

Rick : On s’est rencontrés une première fois à son studio de Morin-Heights pour parler du projet. On a ensuite passé deux jours ensemble puis trois chansons ont jailli. Ian devait peaufiner les paroles et les mélodies. Il s’est greffé naturellement à Magneto. L’album au complet s’est écrit dans un temps record. Sur l’album, il y a même des premiers jets qui sont demeurés intacts.

S.T. : Est-ce que vous avez le sentiment d’être connectés à ce qui vous animait à l’époque de vos débuts comme musiciens?

Sylvain : La fibre est la même, le fil conducteur aussi.


Mario Légaré ajoute que Magneto Trio va toujours exister. On sent que ce carré de sable musical leur procure à tous trois liberté, abandon, communion et qu’il s’agit d’un espace de révélation qui les reconnecte à leur vocation.

Les albums de Magneto Trio sont disponibles sur iTunes ou en vente les soirs de spectacles.

Photo : Courtoisie

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