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Sabrina Sirois
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Sentiers secrets de Susy Turcotte: Biz: Détresse et exaltation

Les personnages des romans de Biz ont en commun de vivre un point de bascule dans leur existence, et qui les incite à se révéler. La chaleur des mammifères n’échappe pas à cette constante : René, professeur désenchanté sur les plans personnel et professionnel, vit cette traversée entre la détresse et l’exaltation.

S.T.: Avec Dérives, ton premier roman, on avait eu accès à ta vulnérabilité. Les gens qui ne soupçonnaient pas le désarroi qui t’habitait alors t’imaginaient frondeur.

Biz: Le chevalier invincible…

S.T.: Guerrier.

Biz: Le grand guerrier invincible. Sous l’armure existent des blessures, des cicatrices, des fractures même. L’armure est fissurée, bosselée, ternie. Le clown triste, en coulisses, n’est pas un mythe. Je connais des artistes qui pleurent avant de monter sur scène et qui, à leur sortie de scène, sont complètement déconstruits après s’être donnés totalement.

S.T. : La grève étudiante de 2012 a été un intense catalyseur pour ton roman. Tu ne voulais pas que ce qui s’y était vécu sombre dans l’oubli. Loco Locass lançait aussi en juin 2012 son troisième album studio Le Québec est mort, vive le Québec!

Biz: Témoigner du printemps érable est la principale raison d’être de ce roman. J’ai rédigé ce livre cinq ans jour pour jour après ces événements effervescents de notre histoire collective. Loco Locass a participé en étant dans la rue avec les jeunes, dans les manifs, les lipdubs. J’ai voulu répondre à cette question : que reste-t-il de cette grève, de ce combat si ardent? Je ne pouvais pas y réfléchir deux mois après. Il fallait que je laisse le temps passer, l’eau couler, et que je voie les jeunes aller. J’ai été très impressionné par ce mouvement social. La littérature permet de fixer les choses dans une mémoire éternelle.

S.T.: Tu viens d’évoquer Loco Locass. Le rap implique le souci du rythme, des sonorités. Quand tu écris un roman, les sons valsent-ils en toi?

Biz: Je suis de l’école de Flaubert qui faisait passer l’épreuve du «gueuloir» à ses textes : il les lisait à voix haute. Pour ma part, chaque phrase, chaque mot doit bien sonner. La beauté de la phrase me tient à cœur : parfois, j’inverserai deux mots juste pour que ça sonne mieux. Roland Barthes avait aussi cette préoccupation. Même si on lit sans prononcer les mots, les mots ont un son, un rythme, une musique. J’ai fait du rap pendant vingt ans : le texte avait comme finalité l’oralité.


Biz constate qu’écrire permet de rendre compte de la condition humaine. Ses œuvres sont des cercles concentriques tracés autour de son nombril. Dérives livrait une intimité sans pudeur. Steeve Simard, dans La chute de Sparte, le dépeignait à l’adolescence. Plus il avance en littérature, plus ses livres s’éloignent de son nombril. Le thème de son cinquième roman se profile déjà. Laissons subsister le mystère de ce pèlerinage historique qui le hante et dont il entend témoigner.

Photo: Courtoisie

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