Société des traversiers
Home À la Une Impressions citadines par Catherine Dorion: La langue du plus fort

Uauitshitun

À l’école Uauitshitun, au bout de la 138, une banderole décore le hall d’entrée : «Il est dit que si un enfant ne possède pas sa première langue, il lui sera pratiquement impossible d’en maîtriser une seconde». L’inscription est en français.

Dans la classe de quatrième année de Lyne, huit petits Innus passent la journée à étudier leurs matières en français – une exception : le cours de langue innue. On ne parle innu que parce qu’on parle de l’innu. Un peu comme ces colloques qui, à travers leurs gros noms de conférenciers masculins, glissent un nom de femme pour parler… de la femme.

Manis, mère de deux petites filles, me dit : «Il y a des enfants qui comprennent même plus l’innu.» Puis, avec fierté – ou juste avec amour, mais ça se ressemble –, elle ajoute : «Moi les miennes, si tu leur parles français, chus même pas sûre qu’elles vont pouvoir te répondre».

J’aime cette absence de honte à ne pas se précipiter sur la langue du plus fort comme si la vie en dépendait. Cette absence de honte que nous n’avons pas.

Ok, il ne faut pas «se refermer sur nous-mêmes». Mais je regarde les Innus les moins assimilés, cette espèce de solidité lorsqu’ils parlent d’eux-mêmes. Peut-être qu’un certain protectionnisme culturel peut renforcir une culture, de la même manière que le protectionnisme économique renforcit une économie locale ? Dans une culture qui se délite et qui souffre de ce délitement, pourquoi pas ?

Je sais que l’idée n’est plus à la mode. Il faut s’ouvrir au max, à 180 degrés, jusqu’à aplatissement complet. Mais quand même. Il me vient parfois des envies terribles de me retourner vers mon voisin et de dire : «Fuck les forts. On se crée quelque chose ensemble, toi pis moi, pis toute la rue, pis le quartier, pis le Québec. On essaye ça.» Mais c’est pas tellement à la mode non plus de rêver à quelque chose de bien. Alors je me retiens. Pour le moment.

Photo : Jean-Pierre Roy Valdebenito

Une réponse à ce billet
  1. Votre propos est tellement subversif que vous n’osez pas le dire haut et fort. Ce n’est pas vraiment la langue du fort mais la langue du colonisateur, celui qui arrive à nous faire croire qu’il est meilleur que nous. Quand les québécois cesserons de s’aveugler devant l’anglais et tout ce qui n’est pas eux, ils verront que la langue française est porteuse de toutes les vertus qu’ils prêtent à la langue anglaise: le français est une langue internationale, une langue de commerce, une langue de sciences, de culture, de l’amour, de la diplomatie et du reste. Maîtrisons notre langue car c’est la première compétence, celle qui permet d’aborder toutes les autres. Ne vous retenez plus. Affirmez haut et fort cette idée qui contredit le discours « pense-petit » qui prend si facilement le haut du pavée actuellement à Québec. Ceux qui pensent comme vous sont plus nombreux que vous le pensez.

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