Sabrina Sirois
Libre-Emplois
Recyc-Québec
Home À la Une Impressions citadines par Catherine Dorion: L’astroturfing: un bon gros joint de fausse...

Il y a quelques jours a fui dans les médias un document qui nous apprenait comment Edelman, la plus grande agence de relations publiques au monde, compte payer du monde à faire semblant d’être un groupe citoyen pour défendre le projet d’oléoduc Énergie Est. Pour ceux qui ont passé les derniers mois sur Mars, ce projet de TransCanada vise à inverser le sens d’un gazoduc des années 60 pour faire passer sur le corps du Québec le pétrole le plus salissant de la planète, entre autres jusqu’à un port à Cacouna où il sera transbordé en pleine pouponnière de bélugas.

Ce n’est pas nouveau. L’astroturfing est un type de propagande dont les régimes autocratiques et/ou totalitaires ont toujours été friands – sauf qu’AstroTurf est un nouveau terme, réservé à l’Occident. Et joliment choisi : c’est le nom d’une marque de gazon artificiel dont on tapisse le sol des stades de soccer. Il fait référence aux mouvements grassroots, littéralement «racines d’herbe», qui viennent de la base. Un mouvement grassroots artificiel, voilà ce que c’est que l’astroturfing. Faire croire à un truc spontané alors que derrière la campagne «citoyenne» se cache l’argent des PDG.

Dans le document, Edelman explique à TransCanada que des « tierces parties » doivent pouvoir, sous couvert d’indépendance, faire ce que TransCanada elle-même ne peut pas faire pour gagner les coeurs et les esprits. «L’agence Edelman, écrit celle-ci, va établir une liste de spécialistes et de personnalités locales influentes […] que nous pouvons engager pour rédiger des éditoriaux, des entrées de blogue ou des lettres d’opinion.» Tiens, comme Stéphane Dion pendant la course référendaire de 1995, qui était constamment invité à Radio-Canada et partout ailleurs pour donner son avis «indépendant» de politicologue bien coté de l’Université de Montréal alors qu’il était payé par en dessous par le fédéral.

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Selon Richard Berman, spécialiste états-unien d’astroturfing dont les propos se sont retrouvés par mégarde dans le New York Times, l’industrie devra exploiter des émotions fortes comme la peur pour les tourner contre les groupes environnementaux. C’est pourquoi il crée des «ONG» destinées à recevoir les dons anonymes des PDG pour défendre des intérêts privés sous couvert d’action citoyenne. Le site de Big Green Radicals vous donnera une idée de son travail : d’agressives pubs satiriques où des acteurs font passer des militants anti-pétrole de schiste pour des attardés.

Le recours à l’astroturf suffit en lui-même à prouver que le projet de TransCanada n’est pas dans l’intérêt du peuple. Mais on le savait déjà. D’abord, l’augmentation de la vente de pétrole albertain que permettra Énergie Est continuera de hausser la valeur du dollar canadien et, par conséquent, à affaiblir les exportations québécoises. Ensuite, le fait de consommer ce pétrole au Québec ne changera pas notre prix à la pompe, il ne fera que nous assurer que nous consommons le pétrole le plus sale au monde. Et je ne veux pas faire de peine à ceux qui se considèrent canadiens et qui tripent sur le fait que le Canada fasse du cash, mais près du trois quarts de l’industrie des sables bitumineux est détenue par des intérêts étrangers.

Alors? Comment un véritable appui populaire peut-il naître dans ces conditions alors que le projet risque de scraper notre territoire? Le seul moyen, c’est la mise en scène et le mensonge. Ils ont un tas d’argent à mettre dans la fabrication de l’histoire. De l’autre côté, ceux qui se basent sur des faits, les scientifiques et les véritables groupes de défense du bien commun, n’ont pas les moyens de se payer des micros aussi puissants que ceux d’Edelman. Voilà pourquoi il faut soutenir financièrement la croisade citoyenne contre TransCanada. Ils sont plus riches que nous, mais le mensonge et l’absurdité coûtent plus cher à faire tenir debout que la vérité.

Et il faut aussi, en passant, se demander pourquoi, dans cette lutte entre l’intérêt de la population et celui de quelques dirigeants d’entreprise, c’est du côté de ces derniers que combattent nos gouvernements. Et si notre démocratie était, elle aussi, en gazon fake?

(Pour donner : https://doublonslamise.com)

 

Photos: Courtoisie

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