Sabrina Sirois
Home À la Une Impressions citadines par Catherine Dorion: Parler aux convaincus

Impressions citadines par Catherine Dorion: Walmart

Il y avait une discussion après. «Dans cette salle, me dit un spectateur, nous sommes tous des convaincus. Est-ce que ça sert à quelque chose de faire ça entre nous?»

 

 

C’est mon grand frère qui m’avait posé cette question le premier, il y a quelques années. Il me disait avec des yeux moqueurs : «Tu t’en vas parler à des convaincus, là?» Je trouvais la critique pertinente. J’ai vieilli depuis.

 

 

J’émets l’hypothèse que cette dichotomie convaincus/non-convaincus nous vient de l’électoralisme et de l’importance démesurée que nous lui donnons dans notre entreprise de veiller au bien-être commun. Comme si le seul véritable but à atteindre, c’était qu’un très grand nombre de gens soient prêts à mettre un «X» à côté d’une case. Pas besoin que le convaincu soit super motivé, ni qu’il soit convaincu pour les bonnes raisons, ni que son expérience de l’humanité soit agrandie par les idées par lesquelles il vient d’être convaincu, ni qu’il soit capable d’en convaincre d’autres. Il n’a qu’à être convaincu. On n’espère qu’une chose de lui : que 50% + 1 de ses cellules soient en accord avec nos projets.

 

 

 

Mais convaincu de quoi, en fait? Du bien? Cette séparation du monde en convaincus et non-convaincus est, en fait, complètement dogmatique. Notre fixation sur notre identification à tel ou tel groupe d’idées – la gauche, la droite, etc – nous a fait oublier ce qui pourrait réellement nous donner un levier sur le monde : l’inspiration, le désir, la fougue, la vie. Il n’y a que cela de véritablement contagieux et ça a très peu rapport avec le nombre de convaincus. Parmi les virus dangereux, par exemple, on redoute mille fois plus celui qui touche 0,3% de la population, mais qui est extrêmement contagieux que celui qui en touche 15%, mais qui ne se transmet que par le sang.

 

 

 

Je disais justement dans mon spectacle que, lorsqu’il s’agissait d’imaginer l’avenir, le nombre ne voulait pas dire grand-chose : «Les profondes questions qui meuvent l’humain sont à des milliards de kilomètres des graphiques rouges et bleus des journaux qui traînent sur les tables du Tim Hortons. 100% des révolutions scientifiques, artistiques et politiques ont été allumées par ce qui était au départ une minorité d’individus, parfois un seul. Ce n’est pas l’opinion qui change le monde. C’est le désir.»

 

 

 

On serait dus pour un nouveau Refus global. On a beau être convaincu d’avoir les meilleures idées du monde, si la pâte ne lève pas c’est que nous avons raté la recette. J’aime les citoyens-chercheurs qui, penchés avec curiosité sur leur dernière tentative ratée, ne cessent jamais de se demander ce qu’ils pourraient essayer ensuite. Tenter d’être convaincant, je n’ai rien contre. Mais ce qu’il faudrait, au fond, c’est être contagieux. Et là, oui. Il est arrivé, dans l’histoire, que c’était dans une salle de spectacle ou de conférence que ça commençait.

 

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