Des ex-élus se tournent vers les réseaux sociaux pour commenter l’actualité politique. S’agit-il d’une mode ou d’un modèle qui est là pour rester ?
Xavier Renald
Une tradition qui se renouvelle
Dans les médias traditionnels, le recours aux ex-politiciens n’est pas nouveau. Depuis des années, des émissions à heure de grande écoute sollicitent l’avis d’anciens élus qui posent leur regard sur les différents enjeux qui marquent l’actualité.
« On a eu des manifestations assez claires de ça au tournant des années 2000, surtout en 2007 avec l’arrivée de l’émission Le Club des ex sur les ondes de RDI », indique Camille Arteau-Leclerc, candidate au doctorat en science politique à l’Université Laval et membre du Groupe de recherche en communication politique.
Toutefois, avec l’apparition des réseaux socio-numériques, les ex-politiciens ont désormais l’opportunité d’exposer leurs points de vue plus facilement qu’auparavant. Ces nouveaux canaux de communication leur offrent la chance d’étaler leurs positions sans se faire questionner par un animateur. Cette nouveauté représente un avantage pour ceux qui veulent influencer l’opinion publique.
Ce n’est cependant pas ce que souhaite faire Sylvain Lévesque, qui publie une analyse quotidienne de l’actualité politique québécoise. Celui qui a occupé le poste de député de Chauveau de 2018 à 2026, donne au public sa vision sur les sujets chauds, au moyen d’une capsule d’une dizaine de minutes publiée sur les réseaux sociaux et plateformes d’écoute.
« Mon but c’est vraiment de vulgariser la politique et de rejoindre un grand nombre de personnes », explique M. Lévesque, qui a également occupé la fonction de chroniqueur et d’animateur dans plusieurs médias de 2016 à 2018.
De l’expérience bénéfique pour les auditeurs
Par rapport à l’analyse d’un journaliste, l’ex-politicien peut apporter une perspective personnelle en lien avec sa propre expérience politique. « C’est peut-être un avantage principal, c’est tout ce qui relève de l’expérience personnelle, du récit politique que les journalistes ne sont pas nécessairement capables de donner », soutient Camille Arteau-Leclerc à ce sujet.
C’est d’ailleurs ce que souhaite faire Sylvain Lévesque dans son balado intitulé La réplique. « Ça fait 25 ans que je suis impliqué et engagé en politique, j’ai six campagnes électorales comme candidat, j’ai travaillé dans deux différents partis, je me dis que mon expérience va pouvoir profiter à un large auditoire », souligne-t-il.
M. Lévesque mentionne également que les contacts qu’il a établis avec les autres députés et les membres des différents partis politiques lors de ses années en politique lui permettent d’approfondir ses réflexions avant de les partager à son auditoire : « Parfois tu as besoin d’un éclairage à l’interne pour que ton sujet soit bien étoffé. Tu ne peux pas seulement te baser sur des impressions ».

Camille Arteau-Leclerc cite aussi l’exemple de l’ancienne ministre responsable des Sports, des Loisirs et du Plein air, Kariane Bourassa, qui publie sur les réseaux sociaux de courtes capsules expliquant le quotidien d’une parlementaire. « Elle a publié ce matin une vidéo où elle parle de l’importance d’avoir un garde du corps pour un ministre. Ça, c’est un point de vue que les journalistes ne pourraient pas nécessairement apporter », évoque la chercheuse étudiante.
La couleur politique, avantage ou inconvénient ?
Pour un chroniqueur, être « coloré » politiquement implique d’être associé à un parti politique par une expérience passée en politique active ou encore d’avoir des liens connus avec une formation politique.
Dans le cas d’anciens élus qui se tournent vers les médias, leur rôle de commentateur ne doit pas être confondu à celui d’un journaliste. Leur subjectivité doit être bien considérée et prise en compte par le public pour interpréter adéquatement leurs commentaires.
« Ces gens-là, évidemment, ont une couleur politique, ils ont des allégeances qui sont connues au grand jour, ils ne peuvent plus revendiquer une neutralité journalistique », mentionne Camille Arteau-Leclerc à ce sujet. « Évidemment, ça pose des risques, parce qu’il ne faut pas mélanger les sources journalistiques d’information avec les sources davantage de chroniques et de commentaires qui répondent à deux buts différents pour les auditeurs », poursuit-elle.
Selon Sylvain Lévesque, les gens qui l’écoutent pourront constater « qu’il est capable d’être juste ». Il affirme ne pas prétendre à la neutralité parfaite mais il entend être équitable envers tous les partis politiques.
« Je vais toujours tenter d’être honnête intellectuellement envers tout le monde. Je vais tenter de distribuer des fleurs et des pots de façon équitable en fonction de l’actualité », assure M. Lévesque.
Un modèle pour l’avenir ?
Des initiatives comme celles de Sylvain Lévesque et de Kariane Bourassa risquent de continuer d’apparaître dans les prochaines années. Cependant, cette tendance à utiliser les réseaux sociaux ne risque pas de se faire aux dépens des médias traditionnels, lesquels continuent d’informer une grande partie de la population.
« Quand les nouveaux médias sont arrivés, il y a eu certaines personnes qui ont posé comme hypothèse que ça allait peut-être remplacer les médias traditionnels, mais la science a vraiment réfuté ça », révèle Mme Arteau-Leclerc.
En fait, les médias traditionnels et socio-numériques évoluent conjointement, « ils se nourrissent et s’alimentent l’un et l’autre », ajoute la chercheuse. Elle mentionne notamment l’exemple de Lambert Drainville, un ancien employé de la Coalition Avenir Québec qui crée du contenu à saveur politique en ligne depuis quelques années et que l’on retrouve maintenant aussi à la télévision.
Sylvain Lévesque ne cache pas que son balado est aussi une « carte de visite » pour certains médias qui pourraient l’inviter en tant que commentateur. Il a d’ailleurs déjà une chronique diffusée le samedi sur les ondes de QUB Radio à Montréal.
Pour l’ex-député de Chauveau, il ne s’agit cependant pas d’une manière de rester dans l’œil du public en vue d’une éventuelle réélection : « Je ne serai plus jamais sur aucune pancarte électorale de ma vie », dit-il sur un ton clair.
« La politique pour moi, c’est une passion. Depuis que j’ai l’âge de 13 ans, je rêvais de faire de la politique, je vais mourir avec la passion de la politique. J’ai vécu un des aspects de la politique, c’est-à-dire d’être soi-même un représentant, un élu. Maintenant, je suis rendu à faire bénéficier le public de mes connaissances et de mes compétences », conclut Sylvain Lévesque.


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