L’Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic (AQRP) demande au gouvernement de mieux protéger les locataires. Dans une lettre ouverte, son président, Paul-René Roy, dénonce les stratégies révélées par l’émission Enquête. Le reportage Portes à tout prix, diffusé le 22 octobre, a provoqué une vive controverse au Québec.
Louis-Alexandre Parent
Un reportage qui secoue le milieu immobilier
La journaliste Pasquale Turbide et la réalisatrice Daphnée Hacker-B. signent ce reportage d’ICI TÉLÉ. Leur équipe a infiltré la formation en ligne de l’influenceur Cory Albert. Ce jeune investisseur de 25 ans compte environ 120 000 abonnés sur TikTok. Il vend des formations de 3 500 $ et possède des centaines de logements.
Cory Albert a notamment déboursé 3 millions de dollars pour quatre immeubles à Saint-Georges de Beauce. Il prévoyait faire passer les loyers moyens de 625 $ à 1 100 $ par mois. De plus, il comptait convertir le chauffage au mazout à l’électricité, aux frais des locataires. Il qualifiait d’ailleurs ce complexe de « vache à lait ».
Une courtière au cœur de la tempête
Gabrielle Borgia, courtière immobilière de l’équipe de Cory Albert, a tenu les propos les plus troublants. Lors d’une séance virtuelle, elle a conseillé de rénover le moins possible. Selon elle, cette approche favorise le roulement des locataires. Elle a aussi affirmé cibler « des gens en difficultés financières et en précarité mentale ».
Peu après la diffusion, son permis de courtage figurait comme suspendu au registre de l’OACIQ. Mme Borgia a refusé de répondre aux questions d’Enquête, jugeant la démarche biaisée. Cory Albert a lui aussi décliné les demandes d’entrevue. Par courriel, il a assuré que ses propositions aux locataires restent volontaires. Il a depuis renoncé à doubler les loyers de ses immeubles beaucerons.
Les aînés particulièrement exposés
C’est dans ce contexte que l’AQRP prend la plume. L’organisme dénonce des stratégies qui visent à gonfler rapidement la valeur des immeubles. Ainsi, certains investisseurs exercent des pressions sur les locataires ou les poussent vers la sortie.
Paul-René Roy rappelle que les locataires peuvent refuser une hausse de loyer. Ils peuvent alors demander au Tribunal administratif du logement (TAL) de fixer le montant. Toutefois, plusieurs ignorent ce recours ou hésitent à l’utiliser, souligne le président.
Selon l’AQRP, les personnes de 65 ans et plus sont particulièrement vulnérables. Elles comptent souvent sur la proximité des commerces, des services de santé et du transport collectif. Quitter un logement occupé depuis des années bouleverse donc tout leur milieu de vie. En outre, plusieurs vivent avec des revenus fixes.
Certaines protections existent déjà contre les reprises de logement et les évictions. En revanche, elles ne couvrent pas les départs provoqués par des hausses abusives ou des pressions répétées.
Le modèle ontarien comme piste de solution
L’AQRP demande au gouvernement d’obliger les propriétaires à justifier leurs augmentations de façon transparente. Elle cite en exemple l’Ontario, qui plafonne les hausses pour certains logements. Dans cette province, un propriétaire doit obtenir une autorisation pour dépasser les seuils fixés.
Au Québec, les pratiques révélées par Enquête demeurent pourtant légales. En effet, c’est au locataire de prouver qu’une augmentation est abusive. Par ailleurs, la controverse a pris une dimension politique et a résonné jusqu’en Beauce. Lundi, la mairesse de Saint-Georges, Manon Bougie, a consacré son mot d’ouverture du conseil municipal au reportage.
Enfin, l’AQRP invite Québec à faire de la protection des locataires une priorité. « Vieillir dans la dignité, c’est aussi pouvoir demeurer dans son milieu de vie », rappelle l’organisme.


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