En février dernier, j’écrivais à un contact que le PQ se dirigerait vers un gouvernement minoritaire, que cette situation rendrait le référendum impossible, que ça annonçait douze à vingt-quatre mois de houle, avec le Fédéral qui continuerait de faire entrer des immigrants à plein régime… qu’il y aurait alors des élections anticipées, dans un contexte très tendu sur le plan international… et que le PQ perdrait les suivantes.
Une chronique de David Lemelin
Pour l’instant, je ne me suis pas trompé. J’ai ajouté plus tard que le PQ perdrait contre le fils de Charest. Ça, c’est clairement sur le radar, mais c’est pas encore fait.
Aujourd’hui, le Parti Québécois retrouve le pouvoir dans le contexte le plus pénible qui soit : minoritaire, très faible appui populaire (moins de 30%), aucun député dans la Capitale-Nationale et même deux de ses députés sortants battus. C’est terrible.
C’est néanmoins une victoire spectaculaire pour un parti qu’on avait enterré en 2022. Le long chemin de PSPP qui s’est lancé à la chefferie, quelques années plus tôt, a fini par le mener au pouvoir. Personne ne pourra lui enlever ça, les livres d’histoire en garderont bonne note.
Il reste que, ce qu’il faudra voir, c’est le PSPP négociateur, ce qui n’a pas été mis en valeur jusqu’ici. Car, en réalité, il aura les mains liées et devra conclure une entente avec un parti pour pouvoir gouverner un tant soit peu. Gageons sur les conservateurs, ce qui permettra au PQ de rayonner un peu à Québec, là où tout reste encore à faire. QS? Oubliez ça. La haine anti-PQ est telle que ça n’aurait aucune solidité. La « gentillesse » et « l’appui » à la souveraineté exprimée par les deux députés QS de Québec était strictement opportuniste et stratégique : ils veulent être reconnus comme groupe parlementaire pour pouvoir profiter d’un budget conséquent. Dans leur camp, on joue aux dards sur le logo du PQ comme passe-temps…
Mais, à mon sens, outre le gouvernement minoritaire, c’est vraiment l’échec à Québec qui constitue le plus lourd problème du PQ. Pourquoi fait-il patate complètement chez nous?
En fait, il n’y a pas de travail de fond, pas de détachement local assez fort pour occuper l’espace. Il y a plein de militants mobilisés et dynamiques, mais, depuis la débandade du PQ en 2022, le parti est essentiellement dirigé de Montréal… et ça paraît. On n’a pas travaillé le dossier du transport sur le long terme, on n’a pas développé les liens ici, toutes les décisions ont été prises à Montréal, y compris pour les candidatures… alors, avec le temps, ça a fini par paraître jusque dans l’urne. Y’a pas de racines solides du PQ à Québec, elles étaient dans Taschereau qui, aujourd’hui, regarde ailleurs.
Quant aux autres partis, il est évident que le score de zéro est, de loin, le pire de tout ce qui est arrivé lundi soir. Christine Fréchette avait une mission impossible. Terminer avec aucun député était déjà dans les pronostics, mais de le vivre reste cruel. Il fallait voir la tristesse de la première ministre contraster avec la légèreté et l’optimisme déconnecté du ministre Jean-François Roberge qui donnait l’impression de se positionner au premier rang des successeurs, en direct, à la télé, sans capacité de prendre la pleine mesure de leur échec considérable. La réaction de l’imbuvable Bernard Drainville était encore pire : il a fait un discours comme s’il était le PM sortant. Malaise…
Les libéraux s’en tirent bien, dans la mesure où ceux qui votent invariablement libéral, peu importe qui est là, ont inscrit leur X comme prévu. C’est le seul parti qui commence l’élection avec 30 circonscriptions acquises. Milliard n’a pas été terrible, mais tout ne s’est pas écroulé. Il peut dire merci au mot « référendum », qu’il a promené partout, tout le temps. Je continue néanmoins de croire que le fils Charest, qui a été élu dans Verdun, le poussera hors du bus, le moment venu.
Les Conservateurs sont les grands gagnants de la soirée. Ils entrent avec force au Parlement et il sera assez aisé pour Duhaime de contrôler son équipe, dans la mesure où la quasi-totalité de ses députés n’a aucune expérience et sera donc extrêmement dépendante des mots d’ordre du chef. Avec cette cohésion, ils seront ainsi en mesure de chauffer solidement le PQ et obtiendront sans doute de nombreuses concessions. Le régime minceur va commencer…
Enfin, QS qui a résisté dans Taschereau et Jean-Lesage, malgré les candidatures extrêmement intéressantes proposées par le PQ. La cheffe a tenu un discours bizarroïde qui donnait l’impression d’une large victoire. Euh, non. C’est du sur place. Ça prendra un examen de conscience, tenté par GND par ailleurs, qui ne viendra probablement pas. Quand l’aveuglement volontaire est ton réflexe politique, il devient difficile de voir clair dans le jugement du peuple.
Enfin, un mot sur le taux de participation, stable à 66%... c’est étonnant. Ça veut dire que ceux qui voulaient du changement sont allés voter et que plusieurs autres s’en fichaient. Ce n’est pas un mauvais taux, mais en bas de 70%, c’est pas terrible. Quand on fait le calcul, ça fait en sorte qu’avec 28% d’appuis, le PQ minoritaire est soutenu par à peine 18% des électeurs.
Ça invite à la modestie…


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