À une époque où tout doit être ludique pour intéresser les gens, Québec a adopté le concept et s’est récemment donnée la mission d’amuser les gens aux coins de ses rues. Il m’arrive depuis, par contre, d’être perplexe quand je me pointe, en auto, en vélo ou à pied, à la jonction de certaines artères.
Une chronique de Martin Claveau
Je répète souvent à ma blonde que certaines intersections ressemblent à un jeu de Parcheesi. Vous vous souvenez de ce bon vieux jeu de société, avec des rectangles de couleurs, dans lesquels on avançait, à coup de dés, vers le centre en essayant de battre les autres.
Ça fait que, quand je me pointe à certains embranchements, j’ai l’impression d’être un genre de pion de Parcheesi. Sauf que contrairement au jeu de société qui était, somme toute, assez simple à comprendre, je ne sais jamais trop comment me comporter face à cet assemblage de carrés, de lignes, de ratures et de panneaux que je rencontre aux carrefours.
Que voulez-vous, je suis vieux et mon microprocesseur des années soixante peine à analyser tout ça et souvent, je ne comprends pas trop ce qu’on attend de moi…
Ce petit défi constant stimule cependant au plus haut point mes capacités cognitives. Ce que je trouve dommage, en revanche, c’est que la divertissante saison du Parcheesi urbain est trop courte. Hélas, quelque part à la mi-janvier, tout ça a tendance à s’effacer, gracieuseté de la neige, du calcium et des grattes. Toutes les cases de mon jeu, dont je commence tout juste à assimiler les règles, disparaissent d’un coup et pour des mois.
Ne reculant devant aucun sacrifice pour mon bonheur, la Ville réinstalle une version améliorée du jeu vers la mi-juin et gratifie mon cortex de nouveaux stimulis. Entretemps, lorsque j’arrive à la jonction de la rue des érables et du Chemin Sainte-Foy, en hiver, je ne sais plus quoi faire. Je m’ennuie alors de l’été et de son beau ludisme de rue.
Ça fait que, tout ça pour dire que je fais mon possible, comme la plupart des gens, au coin des rues bariolées de symboles de mobilité hétéroclites. J’avoue aussi que j’improvise parfois, aux endroits où je ne passe pas souvent, en espérant faire la bonne affaire.
Ça ne doit pas être trop pire, à ce que je constate, car il n’y généralement pas d’hécatombe après mes passages sur le chemin Sainte-Foy…
Cela dit, je ne dois pas être le seul à aimer les choses simples. Quand je circule, en ville, je trouve que c’est un peu lourd de me dépêtrer dans des jeux de Parcheesi dont les règles changent aux saisons.


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