On essaie d’en faire un dossier national, un enjeu central, une raison d’abattre le PQ…
Alors, comment, froidement et lucidement, considérer le « cas Gariépy »?
Une Chronique de David Lemelin
D’abord, je le connais, François. Pas comme pote, mais j’ai travaillé dans le même environnement radio que lui. En fait, je me rends compte qu’il n’y a pas grand monde des médias à Québec qui ne le connaît pas. Est-ce que ça teinte mon jugement? Peut-être, mais ça me permet de parler de ce que j’ai vu et non pas juste de ce que je pense, de loin.
Oui, c’est vraiment un bon gars. C’est pas une joke. Il est ce qu’il a l’air : cool, accessible, souriant, pas compliqué. Il n’a que des amis (ou presque). C’est un gars cultivé sur le plan musical, comme en font foi ses nombreuses chroniques sur plusieurs années. Il baigne là-dedans depuis toujours.
Évidemment, à la radio X, le but, c’est de sortir de la langue de bois, de provoquer, de faire parler. Il a joué le jeu. Il n’était pas forcé, il est naturel, François. C’est pas du « fake ». Est-ce qu’il en a dit, des énormités? Oui, en masse.
Alors, est-ce que je crois que le PQ regrette aujourd’hui son choix? J’en suis convaincu. Ils ont tellement voulu éviter toutes les vagues après celles qu’ils ont subies lors de l’élection d’Alex Boissonneault qu’ils ont cherché des profils bas, simples, sans histoire ou presque. C’est évident.
Mais, le choix de François était tentant. Il parle aux X, un public vaste, fidèle, qui se campe à droite, un électorat que cherche à amadouer PSPP. Après tout, et c’est vrai, la souveraineté n’est « ni de gauche ni de droite, elle est tout droit », disait Bernard Landry.
Est-ce seulement une tactique alors? Je le crois.
Pas que François soit épais ou serait un mauvais député (en fait, c’est un gars intelligent et y’a rien qui dit qu’il serait un mauvais député, au contraire), mais ça pue quand même la tactique à plein nez. À ma connaissance, il n’a jamais parlé de devenir député ou élu, encore moins au PQ. Donc, on a vu en lui un gain tactique, des votes à ramasser, sachant tout le trouble que donnent les Conservateurs au PQ dans la Capitale-Nationale. Ils ont cherché comment fragiliser le principal adversaire régional.
Maintenant, c’est la chasse aux propos orduriers. On en trouve plein, sur les femmes, les artistes, etc. On va en trouver encore. Et puis, on en trouve même chez les adversaires qui s’indignent en déchirant leur chemise (dont la candidate Pettersen).
Moi, ce qui m’écœure dans tout ça, c’est que pendant ce temps-là, on n’est pas en train d’élever le débat. On le garde au ras du sol. On cherche des contradictions (alors qu’il est sain d’avoir une diversité d’opinion dans un parti, surtout quand tu attires à gauche et à droite)… tout pour nous faire dévier du fond. On s’amuse avec des raccourcis intellectuels minables qui ne font que distraire, parce que le but, c’est de distraire, pas de convaincre avec du fond, du concret, du raisonnable. Non, c’est de rendre l’adversaire le plus infréquentable possible, quitte à dire n’importe quoi (par exemple, prétendre que PSPP et Gariépy parlent de la même chose lorsqu’il est question des artistes. C’est faux, mais ça ne gêne pas les adversaires pour autant).
Bref, c’est bas, ça vole bas… j’aurais préféré un candidat qui nous permette de lever la tête et de regarder l’avenir du Québec avec sérieux. On en fait un cirque grotesque.
Dans tout ça, ceux qui sont les plus heurtés, ce sont les militants de Charlevoix—Côte-de-Beaupré. C’est pas le fun d’avoir un candidat aussi fragilisé, y compris par les contestations internes.
Ce qui devrait être un moment de rêve est en réalité devenu un cauchemar dont on connaitra l’issu, positif ou non pour le PQ, le 5 octobre.


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