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La fausse bonne idée du boulevard urbain

Quoi qu'on dise par Martin ClaveauMartin Claveau (Photo : archives Carrefour de Québec)

 Je ne vais pas me faire d’amis ici, mais je ne suis pas de ceux qui ont été fâché par l’abandon inattendu du projet de boulevard urbain sur Laurentien. Je ne fais pas partie de la majorité semble-t-il, mais bon, j’ai droit à la dissidence et je l’affiche. 

Une chronique de Martin Claveau

Il y aurait donc, selon plusieurs, un grand bénéfice à transformer Laurentien en boulevard urbain. On reconnecterait des quartiers avec des passages piétons et des pistes cyclables, on apaiserait la circulation, on densifierait le coin etc. Bref, on referait, en quelque sorte, la ville sur la ville, pour reprendre une expression à la mode chez les urbanistes. J’en suis conscient, mais je me demande quand même si c’est vraiment nécessaire de faire ça?

Le problème principal d’un projet comme ça demeure, à mon avis, le coût par rapport aux bénéfices réels qu’il apporterait. D’abord financièrement, de telles modifications ne couteraient pas 500 000$. Selon ce que je comprends, on parle plutôt de milliards pour déconstruire une autoroute, alors ce serait quand même dispendieux. À une époque où on a de la misère à se financer le tramway, j’ai beau me creuser la tête à chercher où on pourrait prendre des sous pour ça et je ne trouve pas.  

Sans compter que, jusqu’à maintenant, malgré la belle unanimité autour du projet, personne n’a encore répondu à la fameuse question: on fera quoi des 68 000 véhicules qui passent par-là chaque jour? 

Ajouter des lumières et des passages piétons dans ce secteur provoquerait inévitablement des bouchons de circulation similaires à ceux qui existent sur Robert Bourassa dans Lebourgneuf. Qui dit, bouchons, dit habituellement centaines de voitures qui s’arrêtent et redémarrent. Ce faisant, elles consomment plus d’essence et il en résulterait possiblement davantage de pollution que celle qui existe présentement dans la configuration actuelle. L’inertie et la dépense énergétique demeurent des principes physiques qu’il est, en soi, un peu difficile de contester. Le boulevard urbain s’apparenterait en fait possiblement plus à un stationnement qu’à autre chose et des files de voitures y feraient probablement du « stop and go » à la journée longue. 

 «Tant mieux, si ça augmente les bouchons, ça forcera plus de gens à utiliser le transport en commun ou àVélo », me disent d’aucuns.

Rien n’est moins sûr, à voir ce qui se passe. Entre 2011 et 2017, le nombre de véhicules a augmenté de 20 % dans la région, tandis que la population n’a crû que de 16 % pendant la même période. Cette tendance ne semble pas en régression malheureusement aux dernières nouvelles.  

 Ma question : est-ce que tous les aménagements récents du genre ont entrainé une chute de l’utilisation de l’automobile dans la région? Est-ce que ça a entrainé une diminution des émissions de gaz à effets de serres? 

La réponse est non, à ces deux questions. Alors je ne vois pas vraiment ce qu’un boulevard urbain, va faire de plus pour me dépolluer l’air. 

« Oui, mais ce serait plus agréable », soutiennent encore certains. Je veux bien, mais il y a plein de choses qui me sont agréables dans la vie, mais dont je n’ai pas les moyens, alors je ne les achète pas.

 La densification qu’amènerait un tel boulevard urbain est aussi évacuée de la balance. Admettons, si je suis optimiste, que ça contribuerait vraiment à retirer 5000 voitures du trafic par jour. Si de l’autre côté on ajoutait disons, 10 000 résidents dans le secteur, dans des tours de 35 étages, comme on le planifie. Est-ce que l’on gagnera au change? Les statistiques révèlent qu’il y a en moyenne 705 véhicules par 1000 adultes dans la région. Ça signifierait, en fin de compte, qu’on ajouterait 7050 véhicules dans le secteur avec 10 000 personnes de plus. Une projection simplète nous laisserait donc entrevoir 70 500 véhicules par jour sur Laurentien, donc 2500 de plus qu’actuellement. 

Tout ça pour dire que, quand je m’arrête à ça, tout simple d’esprit que je suis, je ne suis pas triste que le projet soit mis de côté pour le moment.

Bien égoïstement et avec la mauvaise foi qui me caractérise, j’ajouterai, en terminant, que même si j’adore mon quartier, j’aime aussi en sortir. La simple pensée que ça me prenne 10 à 12 minutes de plus pour le faire me déplait. 

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