Je dois avouer que c’est, pour moi, inconcevable. Je suis un démocrate, j’aime l’exercice démocratique et l’avis du peuple m’importe. La discussion, les liens continus entre les élus et les citoyens m’apparaissent indispensables et pas seulement une fois tous les quatre ans. J’y ai toujours cru.
Une chronique de David Lemelin
Par exemple, je n’ai pas traité les électeurs d’épais lorsque j’ai perdu, en 2013. J’ai accepté le résultat. J’étais déçu, oui, évidemment, mais, néanmoins serein, parce que le peuple a parlé.
Alors, pour moi, qu’on puisse penser qu’un référendum est « mal » est contre-intuitif. Un référendum, ce n’est que poser une question à des citoyens. Point. Pour savoir ce qu’ils pensent de ceci ou cela. Point.
Que ça déchaine les passions et qu’on préfère ne pas en tenir un me sidère. Si on en est là, c’est parce que ça fait 50 ans qu’on nous dit que de parler au peuple, c’est mal. Ça fait des décennies qu’on nous dit qu’on n’est pas assez mature pour penser par nous-mêmes. Il faut des élus et des médias pour nous dire ce qu’il faut penser et comment. Le référendum? Beurk! C’est de l’uranium 235, ne le vois-tu pas?
C’est gênant.
Et ça vaut pour le Québec comme pour les municipalités. Labeaume, souvenez-vous, le Grand penseur et Sage philosophe de La Presse, les détestait, les référendums. Parce que ça force à écouter les gens, alors que sa conception de la politique, c’est un interminable one man show qui dure 14 ans, canette de Raide Boule en main.
Bien sûr, le rôle de l’élu compte et on doit gouverner, un moment donné, puis passer au jugement de son bilan en se soumettant aux élections. Oui. Mais, pourquoi la politique est-elle toujours aussi mal considérée, si ce n’est pas d’abord en raison de son décalage entre les aspirations collectives et les décisions qui sont prises?
Parler au peuple, c’est sain. S’assurer qu’on n’est pas parti à la dérive est sain.
« Ah, mais, que faire de l’avis des experts? » Oui. Mais, la démocratie, c’est un équilibre. L’élu doit user de son jugement pour prendre les décisions dans l’intérêt supérieur du peuple. Autrement, on réunit des « experts », on leur demande ce qu’ils veulent et on l’applique. Les élections, les référendums, la démocratie, ça sert à rien.
En somme, la démocratie, c’est précieux. Nous l’avons. Tous les pays ne l’ont pas. Ne la tenons pas pour acquise, au point où on la rejette quand le peuple ne vote pas « du bon bord » (qui est toujours le nôtre, incidemment). J’y crois au point d’accepter, pour vrai, les points de vue divergents. Je m’inquiète du rejet de la réflexion, du manque d’ouverture que prônent certains courants actuels, notamment de gauche, jadis le camp porteur de la liberté des peuples et du respect de la démocratie. Certains parlent de ne pas respecter les résultats, ce qui est pour moi le boutte du boutte.
Ne laissons pas les passions enterrer la démocratie. Car, le réveil sera brutal. Et le retour en arrière ne sera plus possible.

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