La « Père-Marquettisation » de la 8e avenue

Martin Claveau et la 8e avenueMartin Claveau (Photo : Archives Carrefour de Québec)

Dans les prochains mois, la 8e avenue, à Limoilou, subira une profonde métamorphose. La ville y investira une fortune pour refaire des infrastructures souterraines. C’est normal de faire ça de temps en temps et c’est même plutôt sain, me direz-vous.  Oui, sans doute, sauf qu’à terme, la 8e ressemblera à la rue Père-Marquette, en Haute-Ville, alors ce n’est pas un petit changement pour ceux qui vivent et transitent dans le coin. 

Une chronique de Martin Claveau

 De nos jours, à peu près chaque fois que la ville de Québec refait des égouts, elle se sent, comme investie de la mission de sauver ses propres résidents de, je ne sais pas trop quoi. Ce faisant, elle leur impose des changements, pour lesquels elle prétend les consulter et obtenir leur approbation, mais dont la plupart du temps, les principaux intéressés se révèlent surpris. On les sonde souvent au moyen de questionnaires en ligne où on leur donne le choix entre des options comme, verdir, reverdir ou déminéraliser. Souvent on se garde aussi d’exposer les effets bien concrets des changements sur leur quotidien, comme la perte de stationnements. Mais bon, je m’égare. Il est trop tard pour refaire ces consultations dont la plupart des gens n’ont malheureusement rien à cirer. 

 D’ici quelques mois, on va donc inverser le sens de la 8e avenue, en bas de la Canardière, et la couper à deux endroits. Cela fera en sorte que les 1000 véhicules qui l’empruntent quotidiennement ne pourront plus y circuler en ligne droite. Ils seront plutôt soumis à un genre de labyrinthe, digne du plateau Mont-Royal, dans ses meilleurs recoins. Le résultat nous donnera une 8e avenue « apaisée », où les cyclistes auront une belle place et les gens à pied aussi. 

 Quand cette requalification sera complétée, j’anticipe, avec toute ma mauvaise foi, que bon nombre de ces mêmes gens, consultés sans vraiment l’être, développeront un langage eucharistique très recherché en découvrant le résultat. Entretemps, rues éventrées, poussière et égouts à ciel ouvert redeviendront le lot des résidents de Limoilou-Sud, dont je suis. La normalité dans notre coin quoi…

Évidemment, une piste cyclable sur les stéroïdes se greffera à cette transfiguration urbaine.  Cela réjouira les 800 cyclistes, qui y passent tous les jours en été et dont je fais partie. Comme cela est toujours de mise au royaume de l’apaisement urbain, on y retirera une trentaine de stationnements pour ajouter des arbrisseaux et peut-être même de la fougère, ce qui plaira à Geneviève Guilbeault, qui se transforme justement en plante verte, depuis quelques temps.

 Tout ça sur une avenue où il n’y a pratiquement pas d’accidents et sur laquelle les résidents cherchent désespérément des stationnements, les soirs de lutte au Centre Horizon. 

  Qu’on me comprenne bien, je ne suis pas contre la piste cyclable. J’en suis un fidèle usager. Je suis bien placé pour savoir que la 8e avenue est l’une des voies de ce type les plus fréquentées de la région. L’améliorer un peu ne fera lui pas de tort. Ce qui me choque, par contre c’est l’inversion et le blocage, non nécessaires, d’une avenue dont les gens s’accommodaient fort bien.

 « L’état n’a pas à être modeste », disait jadis l’ancien président français, Jacques Chirac.  Ben les villes non plus, ça m’a l’air, M. Chirac. À plus forte raison quand il s’agit de notre bonne vieille ville de Québec elle-même.

Ça fait que, dans une municipalité où, on coupe les heures de moniteurs de camp de jours, on déneige les trottoirs en retard de quinze jours et on ferme les patinoires pour économiser quelques milliers de dollars, on va mettre une petite fortune pour inverser un sens unique dont personne ne se plaignait.

 Le comble dans cette histoire, qui fera peut-être se retourner le bon père Marquette dans sa tombe, c’est que les poteaux erratiques, qui nous empêchent de marcher en ligne droite sur les trottoirs de la même 8e avenue, demeureront en place. Il semble que ça couterait trop cher de les retirer, selon la ville. Ça non plus ça ne s’invente pas. 

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