La caisse de bière d’Alain Slythe

Quoi qu'on dise par Martin ClaveauMartin Claveau (Photo : archives Carrefour de Québec)

J’ai connu Alain Slythe quand nous avons lancé le journal en 1994. Nous avions fait un article sur lui dans notre premier #. Il a été un de nos premier annonceurs. Il a été présent, avec ses pubs, dans le journal pendant de nombreuses années. Je crois qu’il nous aimait bien. Il n’avait pas besoin de publicité, car son bar était toujours plein, mais il a toujours été conscient de l’importance des médias locaux et de celle de s’impliquer dans son coin. 

Une chronique de Martin Claveau

Nous étions jeunes et un peu sur le party dans ce temps-là. On croisait Alain et on jasait avec lui dans son bar, où nous allions souvent. 

Un soir, alors que nous tenions une soirée avec un paquet de monde dans l’appartement, du chemin de la Canardière qui nous servait de bureau, vint un moment où plus personne n’avait rien à boire. C’était une de ces une soirées impromptues, qui vous tombent dessus à cet âge-là. Le temps de réaliser le drame qui nous affligeait, les dépanneurs étaient tous fermés. Nous étions mal pris! 

Nous ne voulions pas que cette soirée arrête car on rigolait bien. Ça aurait pu simplement se terminer là. Mais, comme dans tous les grands malheurs de la vie, il y a souvent une petite lumière qui apparait. Désespérés que nous étions, il nous vint une idée un peu stupide. Et si on allait voir Alain, au Bal du Lézard, pour lui acheter quelques bières et les amener chez nous? 

Pendant que notre party s’étiolait doucement, telles deux âmes en peine, dans une nuit limouloise moins polluée à cette époque, nous sommes partis en direction de ce phare que représentait Le Bal, moi et mon ancien associé, Guy Lavoie. 

Arrivés sur place, on se garroche littéralement vers Alain qui est là, bien tranquille, au fond du bar à jaser tout en sirotant une bière dans un Bal plein à rebord.  Un peu éméchés, nous lui faisons notre grande demande à laquelle il pouffe de rire. 

« Vous êtes pas sérieux les gars ?  Je ne peux pas faire ça! Ce serait illégal. Vous avez pas idée. Vous savez que je pourrais avoir une amende pour ça », nous admonesta-t-il, un sourire en coin. 

 Sans trop d’espoir, nous avons, quand même, plaidé notre cause. En fait, je ne me souviens plus tellement de ce que nous lui avons dit, mais nous l’avons bien fait rire. Nous avons dû être convaincants ou achalants, c’est selon… 

 Toujours est-il que cinq minutes plus tard, nous étions dans la ruelle et Alain nous remettais une caisse de bière pleine avec ses compliments et ce, sans que nous ayons déboursé un traitre sous. Il nous fit promettre de n’en rien dire, de peur, de créer un précédent et de voir tous les ivrognes désespérés de Limoilou rappliquer à son établissement, car il en avait déjà assez comme ça, sourit-il.

 J’ai honoré cette promesse, à ce jour et je n’en ai jamais parlé, pour ne pas le mettre dans l’embarras. Maintenant qu’il est parti, pour cet ailleurs où nous ne sommes pas encore, je me sens relevé de mon serment sacré d’une belle nuit de fin d’été. Je parle donc cet incident aujourd’hui uniquement parce qu’il sert mon propos et simplement pour montrer à quel point Alain Slythe pouvait-être un type spécial.

 Bien sûr, Alain a fait un paquet de chose pour notre quartier qu’il adorait, pour la SDC pour Limoilou en Vrac, pour sa communauté et sa famille, mais d’abord et avant tout, ça illustre à quel point il pouvait être un bon gars et avoir le cœur sur la main. 

Ça m’a vraiment fait quelque chose d’apprendre qu’il est décédé récemment. Je tenais donc personnellement à lui dire merci, à ma façon. 

Je conserve toutefois un petit regret de toutes ces années où nous nous sommes croisés. C’est de ne jamais lui avoir remboursé sa caisse de bière!

Abonnez-vous à notre infolettre mensuelle!

Commentez sur "La caisse de bière d’Alain Slythe"

Laissez un commentaire

Votre courriel ne sera pas publié.


*


Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.