Saviez-vous que… si l’on furète au hasard parmi les rayons d’une bibliothèque, on peut parfois y découvrir un des meilleurs livres qu’on n’a jamais lus ? C’est ce qui m’est arrivé avec La Mascotte[i], qui raconte une histoire vraie, absolument incroyable, au suspense intense et admirablement bien écrite, que j’ai même relue !
Une chronique de Pierre Drolet
En octobre 1941, en Biélorussie, un gamin de cinq ou six ans, caché dans un bosquet, observe sa famille et les Juifs de son village se faire exécuter par balle devant une fosse par une unité mobile d’extermination nazie. Il se réfugie dans la forêt voisine, où pendant plusieurs semaines il survit en se nourrissant de prunes sauvages et de baies, dormant dans un arbre pour se protéger des loups. Victime de tant de souffrance et de détresse, il en oublie jusqu’à son nom et ses origines.
Recueilli chez des villageois, ceux-ci le livrent bientôt à un régiment de SS lettons de passage qui, ignorant qu’il est juif, l’intègrent à leur troupe, l’habillent en SS, lui attribuent le grade de caporal et le nomment Uldis Kurzemnieks, qu’il abrège en Alex Kurzem. Il deviendra leur mascotte ! Son rôle consistera à relever le moral des troupes ! Néanmoins, ayant toujours peur qu’on découvre sa véritable identité et témoin d’exactions et de massacres commis par les SS, le jeune Alex ne s’est jamais senti véritablement bien dans sa double identité, même lorsqu’il a été « adopté » par la famille Dzenis, avec ses trois filles, sa mère bienveillante et le père, riche propriétaire d’une chocolaterie. « Je ne pouvais pas prendre le risque d’être découvert. J’aurais été tué. Je craignais pour ma vie en permanence. La peur s’était enracinée en moi[ii] » et « Je savais que je n’étais pas l’un d’entre eux et que je ne le serai[s] jamais[iii] », affirmera-t-il.
Après la Deuxième Guerre mondiale, Alex Kurzem se marie et élève trois garçons en Australie, pays d’adoption qu’il adore ; mais son histoire, qu’il a cachée à sa famille, vient le tourmenter. À soixante ans, se sentant vieillir et ne pouvant garder son secret plus longtemps, il se décide enfin à parler et confie à son fils aîné, Mark, qu’il est Juif et comment il a servi de mascotte à un régiment de nazis ! C’est ainsi qu’ils partent à la recherche de sa véritable identité. Après diverses péripéties, ils finissent par découvrir la maison de son enfance dans le petit village de Koidanov. Son nom véritable serait Ilya Solomonovich. Son père, qui aurait été dans la Résistance, serait resté en vie et se serait remarié. Il aurait un demi-frère, Erik Galperin et une cousine encore vivante, Dina Galperin.
Cette histoire incroyable se lit comme un roman policier, et la traduction de l’anglais australien est vraiment excellente. Il ne vous reste qu’à fouiller dans les bibliothèques publiques pour trouver vos propres petits trésors de littérature !
[i] La Mascotte. Mark Kurzem. Les Éditions Noir sur Blanc. 2008. 446 p.
[ii] Op. Cit. p. 165.
[iii] Op. Cit. p. 428.

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