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Féminicides, une histoire mondiale: un théâtre de la mémoire, sans consolation

Présentée au Premier Acte dans le cadre du Mois Multi, la pièce Féminicides, une histoire mondiale est une création qui frappe de plein fouet. Crédits photo: David Mendoza Hélaine.

Présentée au théâtre Premier Acte jusqu’au 7 février, Féminicides, une histoire mondiale est une création multidisciplinaire qui frappe de plein fouet. Inspirée de l’essai éponyme dirigé par l’historienne Christelle Taraud, la pièce retrace une histoire longue et mondiale des meurtres de femmes, des chasses aux sorcières jusqu’aux féminicides contemporains. Un spectacle exigeant, éprouvant, qui refuse toute forme de consolation.

Portée par le Théâtre de l’Impie, la pièce mêle théâtre, performance, autodéfense féministe, danse, chant grégorien et collage urbain. Sur scène, sept interprètes donnent vie à sept tableaux inspirés des chapitres de l’ouvrage collectif dirigé par Christelle Taraud, fruit d’un important travail mené par des chercheuses, militantes et artistes.

Chaque solo, d’une dizaine de minutes, explore une facette du continuum féminicidaire: esclavage et colonisation des corps, mutilations génitales, injonctions à la beauté, contrôle, appropriation, violences conjugales et meurtres. Ensemble, ces fragments dessinent une frise historique vertigineuse qui met en lumière le caractère systémique des violences faites aux femmes.

Le corps comme archive

Dans Féminicides, une histoire mondiale, le corps ne sert pas à illustrer un propos: il en est le cœur. Les interprètes luttent, tombent, se relèvent, s’épuisent. Elles incarnent physiquement la peur, la sidération, l’usure de devoir se défendre sans cesse contre un système oppressif.

Chaque tableau se conclut par la « mort » symbolique de l’interprète, en résonance avec une statistique de l’Organisation mondiale de la santé: dans le monde, une femme est tuée toutes les dix minutes par un partenaire intime ou un membre de sa famille. La donnée abstraite devient ici expérience sensible, répétée, presque insoutenable.

Dire les noms pour lutter contre l’effacement

Un des gestes les plus marquants du spectacle réside dans l’énumération des victimes. Les noms, âges, lieux et dates de décès sont chantés, projetés, collés sur des panneaux de collage féministe qui structurent l’espace scénique. Une longue nécrologie se déploie, créant un effet d’accumulation mortifère.

Les chants grégoriens, traditionnellement associés à une sacralité masculine, sont ici réinvestis par un chœur de femmes. Cette sacralité déplacée contraste violemment avec l’horreur des faits évoqués, transformant la scène en une sorte de rituel laïque, une prière collective adressée aux mortes et aux vivantes.

Les dix dernières minutes du spectacle sont particulièrement éprouvantes: les noms de femmes tuées au Canada depuis juillet dernier défilent dans un silence lourd. Devant cette accumulation, il devient impossible de se souvenir de toutes. Et c’est précisément ce vertige de l’oubli que la pièce met en lumière.

Un monument fragile, sans catharsis

Plutôt qu’un manifeste, Féminicides, une histoire mondiale construit un monument fragile, sans marbre ni héroïsation. Un mémorial vivant, toujours recommencé, qui maintient une tension constante entre mémoire collective et effacement systémique.

Contrairement à de nombreux spectacles engagés, la pièce refuse toute catharsis. On ne sort ni apaisé ni soulagé. Le spectacle agit comme une anti-catharsis volontaire, laissant le public dans un état d’inconfort actif. C’est lourd, plombant, éprouvant… et assumé comme tel.

Les réactions divergent. Certain·e·s spectateur·ice·s sortent profondément abattu·e·s. D’autres ressentent une colère brute, presque incendiaire, au point d’avoir envie de se saisir des bouteilles ornées de tissu présentes sur scène pour en faire des cocktails Molotov et tout brûler.

Un théâtre nécessaire

Quelque part entre cérémonie, action politique et expérience scénique, Féminicides, une histoire mondiale rappelle une chose essentielle: comprendre, c’est déjà résister. Et résister est urgent. Reste une question, laissée volontairement ouverte: comment résister, après?

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