Isabelle Hubert, autrice de la pièce Le Chiard, raconte la révolte d’une famille gaspésienne en compagnie de son conjoint et de son fils.
Xavier Renald
Jean-Sébastien Ouellette (metteur en scène) et Émile Ouellette (comédien) sont le conjoint et le fils d’Isabelle.
L’exploitation dénoncée avec humour
Le Chiard constitue le troisième et dernier volet du cycle identitaire présenté par le Théâtre La Bordée cet hiver. Avec cette comédie, on découvre comment Donatienne, une Gaspésienne de 37 ans qui refuse de préparer son fameux Chiard de morue au grand patron, déclenche une série d’événements qui mènent à la révolte de son village face à un système d’exploitation qui maintient la communauté dans un état de pauvreté.

Alors que certains demeurent passifs devant l’injustice, d’autres sentent le besoin d’agir et de se lever. Ce sont exactement ces différentes postures auxquelles les spectateurs sont confrontés dans cette pièce. « On n’offre pas de solutions clés en main. Tout au long de la pièce, il y a différents personnages qui représentent différentes solutions possibles à l’exploitation. Nous, on invite les spectateurs à faire leur propre réflexion », indique-t-elle.
L’humour absurde est utilisé afin de déclencher une émotion chez les spectateurs, ce qui permet ensuite de réfléchir davantage, explique le metteur en scène Jean-Sébastien Ouellette. « C’est bien de faire rire le spectateur. Quand il rit, il y a son cœur qui s’ouvre. Il rit, il est abandonné, après ça il peut être plus touché plus facilement », souligne-t-il.
« Autant on peut se laisser toucher par la situation des personnages, autant on peut en rire aussi », ajoute Émile Ouellette soutenu par ses parents.
Quand la Gaspésie s’invite dans la Capitale
Pour la dramaturge originaire de la Gaspésie, raconter cet événement au théâtre est une chance de mettre en lumière un pan oublié de l’histoire de la nation québécoise. « Quand on parle de l’histoire du Québec, on parle rarement de l’histoire de la Gaspésie », dit-elle, rapportant que le public apprécie le sujet abordé dans la pièce.
Le metteur en scène Jean-Sébastien Ouellette estime que la géographie de la région lui offre un vaste terrain de jeux créatif : « Il y a des images possibles, il y a la mer qui est omniprésente dans le spectacle qui est quelque chose de dangereux et en plus, sur la côte, il y a des commerçants qui sont eux aussi dangereux », raconte-t-il.

« Étant donné que ça se passe en Gaspésie, c’est important de pousser au maximum l’identité gaspésienne. De ne pas avoir l’air d’une gang de Québec qui parle de la Gaspésie mais d’une gang de la Gaspésie qui parle de leur région », lance pour sa part Émile Ouellette, qui interprète Grégoire, le fils de Donatienne.
« C’est parce qu’elle est aussi particulière et personnelle que cette histoire devient universelle », poursuit Émile, qui croit que l’intégration d’expressions issues du patois gaspésien rend la pièce d’autant plus singulière et authentique aux yeux du public. Un tableau situé au-dessus de la scène se charge de traduire les termes argotiques au public non familier, ce qui rend l’expérience d’autant plus agréable et éducative.
Créer en famille
Pour Émile Ouellette, il s’agit d’une première collaboration avec ses parents, ce qui comporte des défis et des avantages. « La communication est plus facile. Je sais qu’ils vont continuer à m’aimer même si parfois je suis plus dur dans mes commentaires », dit-il. « Mon boss c’est mon père et mon père c’est mon boss ! C’est une drôle de dynamique mais pour moi c’est vraiment enrichissant », avoue par la suite le comédien.
Les deux parents sont pour leur part très fiers de pouvoir travailler avec leur fils. « Pour nous, c’est un bonheur extraordinaire », indique Isabelle Hubert, admirative devant le travail de son garçon. « J’espère vraiment qu’on va avoir la chance de retravailler ensemble », renchérit Jean-Sébastien Ouellette.
Le metteur en scène souligne par ailleurs qu’il a caché leur fille quelque part dans le spectacle de manière à intégrer l’ensemble de la famille au projet.
Présentée à La Bordée depuis le 3 mars, Le Chiard peut être vu jusqu’au 28 mars. Le public de Québec a chaleureusement accueilli la pièce au cours de la première semaine de représentation, ce qui réjouit l’autrice : « Il se passe quelque chose d’un peu magique avec le public ».

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