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Le Québec est un pays scandinave : identité en mode difficile

Le Québec est un pays scandinave, de Gabriel Samson I, est présenté au Premier Acte dans le cadre du Mois Multi. Crédits photo: David Mendoza Hélaine.

Présenté au Premier Acte du 16 au 28 février dans le cadre du Mois Multi, Le Québec est un pays scandinave propose une performance solo nerveuse et éclatée où Gabriel Samson I mêle rap, poésie, projections vidéo et jeu interactif pour interroger à la fois l’identité québécoise et la sienne, en tant que personne non binaire. Un spectacle énergique, ambitieux et résolument générationnel.

Dès les premières minutes, le ton est donné : micro, punchlines, débit rapide. Le spectacle emprunte aux codes du slam et du rap, avec une énergie de micro-ouvert assumée. Gabriel Samson I occupe l’espace seul·e, sans relâche, dans un rythme soutenu qui fait alterner humour, ironie et moments plus abrasifs.

Certains passages frappent par leur inventivité : un match fictif opposant la Victoire de Montréal et Montréal à Ottawa… et Ottawa, une équation improbable pour calculer la valeur de Radio X, ou encore une ballade rock exaltée consacrée à Éric Caire. La salle, visiblement familière des références culturelles convoquées, rit franchement.

L’écriture est vive, actuelle, truffée d’anglicismes et de clins d’œil à la culture populaire, de MSN à Starbucks, en passant par les figures controversées du web américain. Cette langue, très ancrée dans son époque, participe à la fois à la critique de l’américanisation et à son illustration.

Identité et souveraineté en parallèle

Le cœur du spectacle repose sur un parallèle audacieux entre deux quêtes identitaires : celle d’une personne non binaire et celle d’un Québec en mal de définition. Gabriel Samson I alterne entre souvenirs personnels, confidences plus vulnérables et prises de position politiques sur la souveraineté et l’assimilation culturelle.

Le “je” devient laboratoire du “nous”. Les blessures intimes font écho aux hésitations collectives. L’artiste évoque les violences ordinaires, les moqueries numériques, la difficulté d’exister hors des cadres imposés. En miroir, le Québec est présenté comme un territoire qui peine à s’affirmer autrement qu’en réaction.

Cette analogie, stimulante, demeure toutefois complexe. Identité de genre et souveraineté nationale ne sont pas équivalentes. Le spectacle réussit particulièrement lorsqu’il accepte cette tension plutôt que de chercher à la résoudre.

Un dispositif scénique cohérent

L’une des grandes forces de la proposition tient à sa forme. En fond de scène, un jeu vidéo conçu pour le spectacle est projeté et contrôlé en direct par l’artiste. Les régies de son et d’éclairage sont visibles. Gabriel Samson I assure seul·e la manipulation technique.

Ce choix renforce le propos. L’indépendance est performée autant que discutée. L’artiste tient littéralement les commandes, naviguant dans un dédale de salles virtuelles où apparaissent des images et souvenirs d’enfance. L’identité devient un parcours à traverser, un niveau à franchir. Le dispositif, ingénieux, donne au spectacle une cohérence entre fond et forme et témoigne d’une réelle maîtrise scénique.

Entre critique et slogans

Le spectacle parle beaucoup de ce qu’il refuse : l’américanisation, le gouvernement fédéral, les normes de genre rigides. Moins de ce qu’il propose concrètement. Ce constat n’est pas en soi une faiblesse, mais il donne à l’ensemble une tonalité de recherche, parfois plus déclarative que développée.

La critique de l’hégémonie américaine, par exemple, s’appuie abondamment sur des références issues de cette même culture populaire. Ce rapport ambivalent, à la fois dénoncé et intégré, reflète bien l’impossibilité d’échapper totalement à l’influence critiquée.

Malgré une certaine surcharge de matière et un propos parfois démonstratif, le talent de Gabriel Samson I ne fait aucun doute. La plume est affûtée, la présence scénique solide, l’audace réelle. On assiste à une œuvre en construction, portée par une urgence sincère.

Le Québec est un pays scandinave ne prétend pas offrir des réponses définitives. Il expose plutôt une génération en quête, oscillant entre ironie et fatigue, entre désir d’affirmation et difficulté à se définir autrement qu’en opposition. La partie est engagée. Reste à voir comment, dans les prochaines créations, ce geste déjà prometteur gagnera en densité et en nuance.

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