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Le Cabaret Légumes, le cabaret pas comme les autres

(Photo : Maxime Leblanc)

Il y a des spectacles qui arrivent comme une bouffée d’air frais. Le Cabaret Légumes, première création de la compagnie féministe émergente Tête de l’Art, fait partie de ceux‑là. Un spectacle festif, queer, irrévérencieux, mais surtout profondément humain.

Par Juliet Nicolas

Tête de l’Art revendique un féminisme intersectionnel joyeux, décomplexé, qui s’autorise l’absurde autant que le sensible. La compagnie aime créer à partir du « laid, du doux, de l’invisible ».

Dans Le Cabaret Légumes, cette philosophie prend la forme d’un univers où les légumes ont des histoires d’amour, des doutes, des kinks, et des questions d’identité de genre.

Origine du projet

Le projet s’inspire d’une nouvelle, The Color of My Love, une fiction de Dominique Pellerin‑Grenier. On y suit Hubert qui, un soir de Noël, croise une patate abandonnée dans une ruelle. Saoul, il décide de lui uriner dessus. La patate prend alors vie, le poursuit à travers la ville, puis réapparaît chez lui le lendemain. Hubert s’excuse, ils apprennent à se connaître, et une relation improbable se tisse entre eux.

L’auteur de la nouvelle donne son accord pour utiliser l’histoire comme point de départ du spectacle. L’équipe en a gardé l’élan et l’absurdité, pour ensuite élargir l’univers et imaginer d’autres personnages‑légumes. Anne‑Henri le brocoli, Simon l’oignon, ou encore Chen Bok Choy rejoignent alors le récit.

Le légume devient métaphore de la différence, du désir qui déroute, des normes qu’on questionne. « Est‑ce que je veux dater une patate ? Est‑ce que c’est contre nature ? »

L’univers du burlesque

Le spectacle est un cabaret au sens large, c’est ‎à ‎dire un espace où les disciplines se croisent, où l’on peut rire, s’émouvoir, et même ouvrir les yeux sur certains sujets. Derrière le spectacle, on retrouve Gabriel Sénéchal, qui apporte son univers drag et queer. Margo Ganassa, elle, vient du théâtre d’objets. Ensemble, ils créent un langage hybride, où un bok choy peut avoir un corps humain et une patate des sentiments.

Le burlesque sert de cadre pour parler de consentement, de désir, de limites. Le public participe activement. Il fait des choix qui influencent l’histoire et encouragent les marionnettes à se dénuder.

L’humour, omniprésent, désamorce, rapproche, rend le propos accessible même à celles et ceux peu familiers avec l’univers du cabaret.

Apprivoiser les marionnettes

Chaque légume a été pensé pour être manipulé facilement, mais aussi pour permettre des effets précis. L’oignon qui s’effeuille, la tête géante du bok choy, les textures, les couleurs, les volumes : rien n’est laissé au hasard. Et, comme le confient les interprètes, apprivoiser une marionnette prend du temps. On apprend son poids, ses réactions, et sa façon de se mouvoir, jusqu’à trouver le geste qui la fait exister.

La marionnette devient alors une extension du corps. Elle permet d’aller plus loin, d’oser des émotions ou des situations qu’on ne ferait pas en tant qu’humain.

Deux versions pour deux trajectoires

Le public doit choisir entre deux versions du spectacle : un film romantique ou un film d’horreur. Ce choix, en apparence léger, rappelle que même les décisions anodines peuvent influencer une trajectoire. Dans la version horreur, on aborde la polygamie, la masculinité toxique et même le féminicide. Dans l’autre, il est question de découverte du désir homosexuel, d’affirmation de soi ou encore d’asexualité. Le tout est traité avec humour et tendresse.

Le spectacle s’adresse autant aux curieux qu’aux sceptiques, parce qu’au fond, il parle de nous, de nos désirs et de nos contradictions.

Dans un contexte de recul des droits des femmes et des minorités, Tête de l’Art revendique un théâtre engagé mais jamais pesant. On en ressort avec le sourire, et peut‑être un peu plus tolérant. Et ça, c’est déjà beaucoup.

Le spectacle sera présenté à la Charpente des Fauves du 25 au 28 février.

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