Publicité
Logement à louer Montcalm

Xénia Gould en mue lumineuse au Périscope

Juste vide ton coeur, écrit et interprété par Xénia Gould, est présenté au Périscope du 18 au 21 février, dans le cadre du Moins Multi.

Du 18 au 21 février, le Théâtre Périscope accueille dans le cadre du Mois Multi Juste vide ton cœur, une performance de poésie et de drag signée Xénia Gould, mise en scène par Angela Konrad. Pendant 55 minutes, l’artiste acadienne transforme la salle en piste de métamorphoses, oscillant entre éclats de rire et confidences bouleversantes.

Connue pour son énergie scénique et son franc-parler, Xénia Gould confirme ici un talent rare de conteuse. Dans une forme hybride qui mêle slam, drag, journal intime et récit théâtral, elle navigue avec aisance entre le flamboyant et le fragile, sans jamais perdre le fil de son propos.

Au cœur du spectacle, une question simple et vertigineuse : « ctes femmes-là m’aimeraient still sans ma barbe ». Après la mort de sa tante et de sa grand-mère, l’artiste cherche ainsi à savoir si ces matriarches l’aimeraient telle qu’elle est devenue. Déménagée à Montréal, ayant amorcé sa transition en 2023, elle replonge dans ses souvenirs d’enfance à Shédiac, la « capitale mondiale du homard », pour retracer le parcours d’un petit garçon gay élevé dans un milieu rural et religieux, devenu humoriste, drag queen, puis femme en devenir. Ce qui aurait pu se limiter à un récit autobiographique prend ici la forme d’une véritable traversée identitaire et affective.

Une scène centrale, entre défilé et confession

La scénographie installe une scène blanche au centre de la salle, comme un runway, entourée de deux rangées de public. L’effet est immédiat : proximité et exposition. Le spectacle s’ouvre sous une boule à facettes, au son de Rock Lobster des The B-52’s. Xénia Gould surgit en costume de homard, livrant un karaoké jubilatoire qui donne le ton : ici, la joie n’est jamais loin.

Mais derrière les paillettes, le récit se densifie. Des moments plus sombres émergent, des vêtements volent, le corps se dénude symboliquement. La métaphore du homard, appelé à muer en quittant sa carapace, traverse le spectacle. Comme le crustacé qui devient vulnérable le temps qu’une nouvelle enveloppe se forme, l’artiste expose sa propre fragilité. La métaphore reste légère, jamais appuyée. Elle accompagne le récit sans l’alourdir.

Une confession maîtrisée

Juste vide ton cœur refuse les catégories. Conte, confession, performance drag : la forme est mouvante, à l’image du parcours raconté. Pourtant, rien n’est laissé au hasard. Xénia Gould ne livre pas un déversement brut d’émotions. Elle module, structure, orchestre.

Cette maîtrise donne au spectacle sa justesse. L’émotion surgit précisément parce qu’elle est contenue. La performeuse alterne humour, autodérision et vulnérabilité avec un sens aigu du rythme, créant une tension constante entre l’intime et le spectaculaire.

Un des atouts majeurs du spectacle réside dans l’usage du chiac, ce dialecte acadien mêlant français et anglais. Entendu sur une scène québécoise, il apporte une couleur singulière et affirme la langue comme territoire. Pour Xénia Gould, le chiac devient une maison portable, un ancrage quand le reste vacille.

La question de la filiation féminine constitue l’axe le plus émouvant de la proposition. Le deuil des matriarches nourrit une réflexion sur la transmission et l’amour inconditionnel. Serait-elle accompagnée dans son vieillissement comme femme par ces figures disparues ? La peur de la mort se mêle à celle de ne pas être aimée. Le désir et la flamboyance drag apparaissent alors comme des réponses possibles à cette double angoisse.

Une humanité à fleur de peau

Entre sirènes, homards, souvenirs d’enfance et références pop, Juste vide ton cœur déploie un univers à la fois déjanté et profondément humain. Xénia Gould passe de l’exubérance à la confidence avec une aisance remarquable. Même dans les moments les plus sombres, une vitalité lumineuse traverse la scène.

Plus qu’un spectacle sur la transition, la performance propose une réflexion sur la mue. Sur le courage de quitter une carapace devenue trop étroite. Sur la nécessité de se raconter pour ne pas disparaître. Et, peut-être surtout, sur le désir d’être aimée, malgré et à travers toutes les métamorphoses.

Commentez sur "Xénia Gould en mue lumineuse au Périscope"

Laissez un commentaire

Votre courriel ne sera pas publié.


*


Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.