La Ville de Québec intensifie sa lutte contre la pollution atmosphérique hivernale. Lors d’un breffage technique tenu le 21 janvier 2026, l’administration municipale et la Direction de santé publique ont réitéré l’urgence d’encadrer l’utilisation des appareils à combustible solide.
Louis-Alexandre Parent
Un impact sanitaire sous-estimé
Le chauffage au bois constitue la principale source de particules fines dans la région selon les données récentes. Il surpasse d’ailleurs largement les émissions industrielles et celles liées au transport.
Le Dr Philippe Robert, directeur de santé publique de la Capitale-Nationale, a présenté un portrait préoccupant de la situation. Les particules fines émises par la combustion résidentielle du bois s’infiltrent profondément dans les poumons. Elles sont associées à plusieurs problèmes graves, dont l’asthme, les maladies cardiaques, le cancer du poumon et les troubles neurocognitifs comme la démence.
À Québec, les concentrations de ces polluants augmentent significativement durant l’hiver. Les secteurs résidentiels, notamment Sainte-Foy et Charlesbourg, enregistrent souvent des taux élevés de pollution. Selon les experts, le remplacement des vieux poêles par des appareils certifiés permettrait de réduire ces émissions de 20 %.
Des interdictions temporaires ciblées
La Ville impose des interdictions temporaires pour contrer le smog. L’objectif est de limiter les pics de pollution à 30 µg/m³. Cette situation survient lorsque des vents faibles ou des inversions thermiques emprisonnent l’air au sol.
Un épisode récent, survenu du 27 au 29 décembre 2025, a nécessité une telle intervention pendant 41 heures. Durant cette période, les cinq stations de mesure de la ville ont dépassé le seuil d’avertissement de smog, atteignant des concentrations de 60 µg/m3.
L’administration rappelle que ces interdictions s’appliquent à tous les appareils, même ceux certifiés. Toutefois, une exception existe : en cas de panne d’électricité de plus de trois heures, l’utilisation d’un appareil déclaré est autorisée pour chauffer le bâtiment.
Surveillance et conformité
La Ville effectue des inspections sur le terrain pour assurer le respect de la réglementation. Lors de l’interdiction de décembre 2025, des patrouilles dans le secteur de Cap-Rouge ont couvert plus de 2 000 résidences. Le taux de conformité s’avère élevé : seulement 1 % des cheminées observées étaient en activité le 28 décembre.
L’approche municipale privilégie la sensibilisation. Les inspecteurs interviennent principalement par des avis et des rencontres citoyennes avant de sévir. Les caméras thermiques utilisées par la Ville captent uniquement la chaleur à l’extérieur des résidences. Elles détectent la chaleur émanant de la cheminée, sans permettre de voir à l’intérieur des domiciles.
Vers une interdiction des vieux poêles
Le règlement municipal prévoit un durcissement progressif des normes. Tous les propriétaires doivent obligatoirement déclarer leurs appareils à combustible solide à la Ville. À ce jour, environ 18 300 appareils ont été recensés.
L’objectif est clair : éliminer les appareils les plus polluants. Dès le 1er septembre 2030, l’utilisation de poêles et encastrables non certifiés sera interdite. Les foyers d’ambiance, quant à eux, demeurent soumis à des restrictions d’installation depuis 2024.
Pour accompagner cette transition, la Ville a mis en place un programme de subvention. Depuis 2021, près de 1,8 million de dollars ont été investis pour aider les citoyens à retirer ou remplacer leurs vieux appareils. L’aide peut atteindre 1 000 $ pour un remplacement et 100 $ pour un retrait définitif.
La Ville de Québec assure ne pas vouloir interdire totalement le chauffage au bois, mais vise à protéger la santé publique en encadrant strictement son usage.


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