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Libre // dire oui : habiter le système plutôt que le comprendre

Libre // Dire oui, présenté dans le cadre du Mois Multi 2026. Crédits photo: Émilie Dumais

Présenté dans le cadre du Mois Multi, Libre // dire oui investit la Salle Multi de Méduse les 29, 30 et 31 janvier. Entre performance sonore, cabaret technologique et expérience immersive, le Théâtre Rude Ingénierie convie le public à une traversée sensible où corps, machines et sons cohabitent dans un système vivant, instable et résolument indiscipliné.

Avec Libre // dire oui, il ne s’agit pas d’un spectacle que l’on regarde sagement depuis un fauteuil. Il s’agit d’une situation. D’un état. D’un champ magnétique. Très vite, une question s’impose : faut-il vraiment chercher à tout nommer, à tout expliquer? Ici, le sens ne se donne pas sous forme de récit ou de message, mais dans ce qui circule, dans ce qui se passe entre les choses.

Il y a toujours quelque chose à voir : une lumière qui s’allume, un corps qui traverse, une machine qui répond. Mais il serait tout aussi juste de fermer les yeux et de se laisser porter par les nappes sonores, les vibrations, les frottements. La vue n’est pas souveraine. L’écoute prend le relais, et le corps du spectateur devient caisse de résonance.

Un dispositif foisonnant, une régie à vue

L’installation frappe par son foisonnement. Plusieurs stations, plusieurs tables, un mur de projecteurs et de lumières. Sous les surfaces, un bric-à-brac qui évoque autant l’atelier que le comptoir Emmaüs : vaisselle, objets du quotidien, instruments de musique hétéroclites, claviers électroniques, consoles de mixage, ordinateurs prêts à déclencher lumières et réactions en chaîne.

Et surtout, partout, des fils. Des fils comme des artères, qui relient les éléments entre eux et irriguent l’ensemble. Ici, la régie est sur scène. Rien n’est caché. Le travail est visible, la fabrication aussi. Tout s’articule en direct, selon des règles plus rigoureuses qu’il n’y paraît, mais suffisamment poreuses pour accueillir l’accident et laisser surgir l’imprévu. On n’est pas dans le récit, mais dans l’exposition d’un système. Et paradoxalement, c’est précisément dans ce dévoilement que naît la magie.

Quand tout devient musique

Les accords électroniques sont parfois d’une beauté saisissante. Mais au-delà de la musique composée, tout fait musique : les déplacements, les frottements, les voix, les textes lus. La parole cesse d’être uniquement vecteur de sens pour devenir matière sonore, grain, vibration.

Les distorsions brouillent les repères. I love you devient And I love you, puis AI love you. Le langage glisse, se dédouble, se technologise. Humains et machines se répondent sans que jamais l’un ne prenne définitivement le dessus.

Mécaniques poétiques et fête étrange

Certaines machines fascinent au point de donner envie d’en comprendre le fonctionnement, sans jamais en percer totalement le mystère. L’une d’elles projette une fine courroie, une longue boucle qui s’élance dans l’air avant de revenir à son point d’origine. Selon les interactions, le fil vibre au son de l’archet, se déploie comme une onde sonore ou jaillit comme un jet d’eau. C’est mécaniquement poétique, une poésie de la précision et du geste juste. Un autre dispositif cartographie en direct les mouvements des machines et des performeur·euses, dessinant une géographie mouvante des interactions du vivant.

Libre // dire oui est aussi une fête, mais une fête étrange : joyeuse, poignante, déglinguée, parfois franchement chaotique. Une danse collective où les entités humaines et non humaines se rencontrent dans un équilibre fragile entre liberté et chorégraphie.

Refuser de raconter, choisir d’émerger

Pas de récit linéaire ici. La dramaturgie repose sur des systèmes, des règles, des boucles. La répétition devient moteur poétique. Les trajectoires circulaires, les objets qui tournent, les boucles électroniques et corporelles fabriquent une transe douce, où l’humain accepte de devenir motif parmi d’autres. Le spectacle invite à la déambulation, sans jamais l’imposer. Le public, debout mais souvent immobile, devient variable décorative d’un système qui le dépasse. Et ce n’est pas grave. Libre // dire oui ne cherche pas à convaincre. Il propose un entraînement discret à lâcher prise, à habiter l’entre-deux, là où la vie circule.

Comprend-on tout? Non. En a-t-on besoin? Pas davantage. Dans une époque saturée de récits explicatifs, Libre // dire oui fait le pari d’une intelligence du sensible, du simultané et du non-hiérarchique. Voir, ici, c’est déjà comprendre.

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