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Hosanna ou La Shéhérazade des pauvres : une adaptation puissante

(Photo : Stephanie Bourgeois)

En tournée à travers le Québec, la production Hosanna ou La Shéhérazade des pauvres a présenté une unique représentation à la Salle Albert‑Rousseau le 13 janvier dernier. Offrant un spectacle à la fois caustique, sensible et profondément humain.

Par Juliet Nicolas

Une adaptation qui traverse deux œuvres de Michel Tremblay

L’adaptation réunit deux œuvres qui explorent les différentes facettes d’une même personne : Claude Lemieux et Hosanna. Elle s’appuie à la fois sur la pièce Hosanna (1973) et sur le roman La Shéhérazade des pauvres (2022). La pièce originale se concentre sur une seule nuit, dans un appartement, juste après la fameuse soirée où Hosanna a été humiliée. 

Le roman, lui, remonte plus loin. Il raconte la jeunesse de Claude Lemieux, sa construction identitaire, ses amitiés, ses rivalités et fait le portrait du Montréal queer des années 70, centré autour de la Main — ce boulevard Saint‑Laurent où se côtoyaient bars, cabarets et communautés marginalisées.

Un synopsis revisité 

Depuis la fameuse soirée de 1973 où Hosanna a cru réaliser le rêve de sa vie en se travestissant en Elizabeth Taylor dans Cléopâtre, Claude Lemieux vit reclus dans un appartement délabré, entouré de ses guenilles et de ses rasades de gin. Lorsqu’un jeune journaliste, Yannick, s’intéresse au milieu queer des années soixante‑dix, l’entrevue se transforme en exploration introspective.

Le spectacle navigue ainsi entre le présent et le passé,  redonnant vie à Cuirette, Sandra, la Duchesse de Langeais et à tous ces personnages en quête d’amour et de reconnaissance. La mémoire devient alors un terrain de jeu où Claude Lemieux essaie enfin de se réconcilier avec lui-même.

« J’parlerais ben de moi au féminin, mais je le fais pus… ça a duré trop longtemps. Chus un ou une iel maintenant. Tu vois, on sait même pas comment accorder iel. »

Une mise en scène audacieuse

La mise en scène de Maxime Robin prend plusieurs libertés et navigue habilement entre les époques. Ce choix permet de replacer l’histoire dans un contexte plus large et de rappeler ce que signifiait, il y a cinquante ans, oser brouiller les codes de genre. Le mordant du texte de Michel Tremblay s’y déploie avec humour et tendresse tout du long.

Les décors jouent également un rôle clé et font glisser le récit d’un appartement misérable aux paillettes d’un bar lounge avec une fluidité remarquable.

Une distribution solide

Luc Provost, l’artiste derrière Mado Lamotte, livre une Hosanna âgée d’une grande finesse. À ses côtés, Vincent Roy incarne avec intensité Hosanna plus jeune. Carla Mezquita Honhon apporte une présence touchante et juste dans le rôle de Yannick, le jeune journaliste qui sert de déclencheur à toute cette plongée dans la mémoire.

De plus, Jacques Leblanc campe une Duchesse de Langeais pleine de panache et Jonathan Gagnon une Sandra savoureuse. Quant à Gabriel Fournier, il compose un Cuirette contrasté. L’ensemble forme ainsi une distribution solide, où chacun contribue à faire exister l’univers de la Main. 

Une soirée qui a trouvé son public

Dans la Salle Albert‑Rousseau, la pièce a trouvé un public réceptif, porté d’une émotion à l’autre avec aisance. Il existe des œuvres qui vous accompagnent longtemps après la tombée du rideau, et Hosanna ou La Shéhérazade des pauvres en fait partie. Non seulement pour ce qu’elle raconte de l’époque, mais aussi pour ce qu’elle fait encore résonner aujourd’hui. Une pièce forte, servie par une distribution talentueuse et une mise en scène qui frappe juste.

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