Sabrina Sirois
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Quoi qu'on dise par Martin Claveau: La ville sur la ville?

J’ai assisté récemment à une présentation d’étudiants de l’Université Laval sur la transformation de l’autoroute Laurentienne en boulevard urbain. En simplifiant, je résumerai leur propos en disant que ce qui est une autoroute ressemblerait, après coup, à un amalgame des boulevards Pierre-Bertrand et Laurier. Les architectes proposent également de construire 4000 résidences au milieu et sur les côtés de ce nouveau quartier. En quelque sorte, «on ferait la ville sur la ville», pour reprendre l’expression du réputé architecte Érick Rivard qui supervisait le travail des étudiants. À peu près tout le monde sur place s’est déclaré enchanté et il faut admettre que la présentation était fort bien faite. Bien sûr, il s’agissait d’une présentation et on est loin de la «Pointe-aux-Lièvres», comme on dit, mais passé l’effet «wow», il faut admettre que cette idée de boulevard urbain fait son chemin.

Mes vieux réflexes de journaliste me portent toutefois à m’interroger. En fait, je me demande si cette mutation serait aussi bonne qu’on le dit. L’entrée «factuelle» de la ville se trouve présentement à la rue de la Croix-Rouge. Elle se déplacerait, après la réalisation d’un tel projet, à la hauteur de la rue Soumande. On démolirait le viaduc en dessous duquel le trafic du boulevard Hamel s’engouffre présentement. En ce moment, le «mood» est à la démonisation de tout ce qui ressemble à une autoroute. Dans cette mouvance, le trafic actuel est un peu évacué de l’équation et personne ne sait vraiment ce qu’il adviendrait des 60 000 véhicules qui transitent sur Laurentienne chaque jour. Que feraient ces usagers? Opteraient-ils pour le transport en commun ou le vélo? Dans quelle proportion le feraient-ils? Choisiraient-ils de quitter la banlieue pour venir vivre en ville? Je ne sais pas et personne ne semble le savoir non plus…

En revanche, je sais que le moindre évènement qui attire un tant soit peu au Centre Vidéotron provoque des bouchons à n’en plus finir et qui se ressentent jusqu’à l’autoroute de la Capitale. Si l’on «futurise» un peu, on serait porter à croire que l’ajout de quatre ou cinq lumières sur Laurentienne risquerait de provoquer d’autres problèmes de circulation si le volume actuel demeure le même. La construction projetée du tramway incitera une partie de la population à délaisser son véhicule, mais on n’en est pas encore là. Il y a beaucoup de travail à faire avant de transformer Laurentienne en boulevard urbain. Il faudra y penser deux fois et ne négliger aucun aspect pour en évaluer les conséquences. Nos prédécesseurs n’étaient pas tous des imbéciles et s’ils ont construit des autoroutes, ils avaient probablement des raisons. Avant de les démolir, il faudrait se donner la peine de réfléchir. D’ici à une dizaine d’années, la multiplication des véhicules électriques n’entraînera probablement pas une diminution du nombre de voitures. Celles-ci pollueront moins, mais elles seront encore là et pour un sacré bout de temps, comme les bouchons de circulation sur Laurentienne.

Photo: Courtoisie

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