Sabrina Sirois
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Jean-Pierre Ferland : Félicité amoureuse et abîmes

Au fil des ans, Jean-Pierre Ferland m’a souvent confié que la musique l’avait sauvé. En novembre dernier, il lançait «La vie m’émeut, l’amour m’étonne», un disque constitué d’œuvres de son répertoire n’ayant pas eu la carrière qu’elles auraient méritée. L’artiste était ému ce jour-là, encore très affecté par le décès récent de son frère bien-aimé. Il a appris sa mort quand il terminait l’enregistrement de «Mon frère», la chanson qui clôt son album. 

S.T. : Ta voix s’est attendrie avec les années, exposant davantage sa vulnérabilité.

J.-P.F. : André Leclair, mon directeur musical et arrangeur qui est un musicien unique, m’a invité à changer la tonalité de certaines pièces. Il trouvait que j’avais une belle voix basse. Je chantais trop haut pour rien. Adapter les chansons dans les clés où je suis le plus à l’aise fait que je ne crie pas. C’est ma vraie voix.

S.T. : Dans «Maman ton fils passe un mauvais moment», on ressent avec acuité la souffrance dans ta voix quand tu prononces «Mon moi je l’ai vu/hirsute et barbu/j’ai cassé le miroir».

J.-P.F. : Cette chanson réfère à une époque. Je n’ai jamais été drogué. J’ai suivi les Beatles et j’étais fasciné par le fait qu’il y avait chez eux une envie de vivre une autre sorte d’existence, de puiser leur enseignement auprès des gourous plutôt qu’avec des curés. Les gourous étaient comme une échappatoire.

S.T. : Tu tutoies ta mère tout au long de la chanson et à la fin tu bascules vers le vouvoiement.

J.-P.F. : «Gardez-moi sur vous/Je suis bien chez vous/J’ai besoin d’un arc-en-ciel». J’ai toujours vouvoyé ma mère. Le tutoiement était pour la sonorité. Les premiers mots d’amour, c’est ma mère qui me les a dits.

S.T. : «Que veux-tu que je te dise?» est toujours aussi déchirante.

J.-P.F. : J’avais un chagrin d’amour intolérable. Je voulais mourir J’étais dévasté.  Je venais d’acheter ma maison. En écrivant «Même le plus beau château ne peut pas me guérir», c’était vraiment le reflet de ce que je ressentais.

S.T. : En 2016, tu offrais “Chansons jalouses”, t’abandonnant alors au pur plaisir de chanter des œuvres que tu aurais aimé écrire et composer. Tu avais ajouté l’une des tiennes, «La musique». Ta force est vraiment ta façon de manier le verbe avec agilité. Quand elle est arrivée/elle m’a embrassé dans l’oreille/et jusque sur la peau de l’âme/Dieu merci! La reine abeille/avait du violoncelle sous le dard.»

J.-P.F. : Je suis venu au monde dans une famille qui n’était pas artistique pour deux sous.  Pas de livre, pas de musique, juste du travail. Sept enfants. Ce sont mes frères qui ont été les premiers à m’encourager à pratiquer ce merveilleux métier.

S.T. : À quel moment le titre «La vie m’émeut, l’amour m’étonne» s’est-il imposé?  Ces vers traversent la chanson «Quand on se donne».

J.-P.F. : C’est moi qui trouvais que c’était le stade où j’étais rendu dans mon existence. Je n’ai plus peur de mourir parce que j’ai réussi ma vie. Voilà!


Avant de se quitter, Jean-Pierre me décrit la majesté du nid où il demeure : sa maison qui a vu éclore plusieurs chansons, ses 250 acres de terre, son étang, ses oies sauvages. Il désire créer un album pour Julie Anne, sa compagne et muse. Il est impatient d’élire domicile au Théâtre Petit-Champlain, les 1er, 2 et 3 mars prochains, une salle intime qu’il qualifie de boîte à bijoux. Il y reviendra les 8 et 9 juin.


On peut écouter l’émission Sentiers secrets animée par Susy Turcotte tous les mardis de 13h30 à 15h30.

 

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