Sabrina Sirois
Home À la Une Quoi qu’on dise par Martin Claveau: La catastrophe qui rapproche

Quoi qu'on dise par Martin Claveau: Au voleur

C’est drôle comment des voisins, qui d’ordinaire ne me parlent pas et ne me regardent même pas, peuvent en venir à m’adresser la parole, lorsque le courant manque et qu’il ne fait pas beau. Drôle aussi de voir à quel point la solidarité des gens est souvent inversement proportionnelle à la misère dans laquelle ils sont plongés. Comme si la catastrophe nous reconnectait avec quelque chose que nous avons perdu.

Alors que je pelletais mon entrée, après la plus récente tempête, des vieux, sortis à leurs risques et périls sur des trottoirs non praticables, arrêtaient pour me parler et s’informer. Je ne les connais pas, mais ils compatissaient avec moi. Pendant ce temps, j’ai vu naître spontanément trois groupes de «poussage de chars mal pris». Le genre de corvée à laquelle tout le monde qui passe est prêt à se joindre spontanément ce que j’ai fait sans me faire prier. C’est beau de voir ces gens qui n’ont rien de commun s’associer pour dépêtrer une personne à qui ils ne doivent, en fin de compte, absolument rien. Encore plus beau, de voir tout ce beau monde se séparer une fois leur devoir fait, pour ne plus jamais se reparler. Quand on participe à ce genre d’exercice, on n’espère au fond rien d’autre que de bénéficier du même coup de pouce quand ça nous arrivera un jour d’être mal pris.

Un voisin en arrachait à pelleter son entrée avec une minuscule pelle pliable alors que je déblayais la mienne. Je lui ai offert une de mes grattes et il m’a remercié avec un gros sourire. Je ne le connais pas, mais ça m’a fait plaisir de lui alléger le malheur.

Je me souviens de ce monsieur qui habitait près de chez moi quand j’étais jeune. Il se plaisait à se promener avec son 4 x 4 muni d’un treuil, quand il y avait des tempêtes. Bien sûr, c’était avant notre époque, où à peu près tout le monde chauffe un gros VUS, mais il faisait ça juste pour le fun. Il aimait simplement dépêtrer les gens qui étaient pris avec leurs chars japonais, comme il disait.

Même sur Facebook on voyait des relents de cette belle solidarité. Des gens dont la maison était privée d’électricité se faisaient offrir le gîte et le couvert spontanément par d’autres solidaires de leur malheur qui en temps normal ne les invitent même pas à souper…

Quand on y pense, il n’y a rien comme une tempête et une panne électrique pour rapprocher les gens. Remplacez la tempête par une tornade, un ouragan ou un volcan, dépendamment du coin du monde où vous vous trouvez et il semble que la solidarité devient la norme ou presque. Bien sûr, chaque catastrophe amène aussi des comportements douteux, mais quand on regarde ça froidement, on serait quasiment porté à se dire que, ce dont le monde a vraiment besoin pour aller mieux, c’est peut-être de plus de tempêtes finalement?

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